Liste des Cent Lieux, Paysages et patrimoine en Isère

Cette sélection est issue d'une publication éditée par le Département de l'Isère en 2016 dans le cadre de la saison culturelle Paysage➔Paysages.

"" © Fréderick Pattou
Paysage vue de drone © Fréderick Pattou

Allevard

La tour du Treuil

Un poste de guet stratégique. La tour du Treuil domine le vallon d'Allevard de sa silhouette puissante de près de 25 mètres de hauteur. Elle constitue un édifice à la fois représentatif des maisons fortes du Grésivaudan (une tour de plan quadrangulaire, haute et massive) et en même temps assez exceptionnel. Avec son escalier caché dans l'épaisseur d'un mur (deux mètres à la base !), ses planchers, charpente et sa toiture encore en place, la tour est particulièrement bien conservée. La présence de nombreuses pièces de bois en place a permis de proposer une datation précise pour sa construction, à l'initiative d'une branche cadette des seigneurs d'Arvillard, entre 1352 et 1355. Cet ancien donjon servait à surveiller l’arrivée éventuelle des Savoyards. Entièrement restaurée, elle est aujourd’hui une confortable demeure. 

Apprieu

Le four à cémenter l’acier

Une sentinelle industrielle. Tout à fait exceptionnel, ce four des Aciéries de Bonpertuis est le dernier de ce type aujourd’hui conservé en France. En Isère, sa valeur symbolique est également forte puisqu’il témoigne de la production des aciers de Rives, fabrication réputée et originale de la sidérurgie alpine depuis la fin du 15e siècle.
Entièrement en brique, le four se compose d’une base quadrangulaire surmontée d’une cheminée conique de 5 mètres de diamètre à la base et d’une dizaine de mètres de hauteur. Il est construit en 1859 par l’industriel Alphonse Gourju, qui s’installe en 1842 sur ce site métallurgique ancien pour introduire de nouvelles méthodes de fabrication des aciers. La cémentation est un procédé consistant à enrichir un acier en carbone
, pour le durcir en surface. Le four fait alors partie d’un vaste ensemble industriel intégrant plus d’une vingtaine de fours, dont deux de cémentation, tous chauffés au coke (combustible issu du charbon). En 1900, l’usine rassemble une douzaine de bâtiments dédiés à la production et au logement des ouvriers. Aujourd’hui, l’entreprise est toujours en activité et produit des aciers spéciaux.

Édifice classé au titre des monuments historiques.

Barraux

Le fort

Une sentinelle provocatrice en position panoramique. Créé par la Savoie sur les terres dauphinoises à la fin du xvie siècle, l’édifice matérialise une longue histoire de conflits frontaliers dans une forme caractéristique de la guerre d’artillerie. Pour verrouiller le passage par le « Graisivaudan », ses bastions se dissimulent à mi-hauteur des pentes de Chartreuse près de l’ancienne route ; ce qui lui vaut une vision panoramique de la cluse de Chambéry aux confins de Belledonne, en passant par le mont Blanc et les Sept-Laux et une bonne part du sillon alpin. Fort-Barraux s’inscrit dans la logique que systématise ensuite Vauban. Il défie aussi les défenses (disparues) de Montmélian qui protègent la combe de Savoie. Sitôt bâti, le voilà pris par les Français qui en récupèrent l’usage sans en avoir fait la dépense. Ce rapt, mené par le protestant Lesdiguières, sur une construction inaugurée un 24 août pour pouvoir la baptiser « Saint-Barthélémy » nargue aussi le très catholique duc de Savoie… 

Édifice classé au titre des Monuments Historiques.

Beauvoir-en-Royans

Le château des dauphins

Une résidence princière. Cette petite commune du Royans préserve les vestiges d'une résidence des princes du Dauphiné, les dauphins, dont le dernier représentant, Humbert II, céda ses États à la France en 1349. Dans ce site bucolique sous les falaises du Vercors, facile d'accès par l'Isère navigable, la cour venait prendre ses quartiers d'été dans ce palais à la campagne. Une vaste terrasse porte les vestiges du mur d'enceinte, contre lequel s'adossait une grande salle de réception couverte d'une haute charpente lambrissée, l'une des tours de défense et la grande chapelle gothique, dédiée à sainte Catherine. Un élégant pont voyait passer la troupe à cheval des nobles, religieux et valets de l'entourage du prince, allant en promenade ou à la chasse. Dans le bourg attenant, lui aussi fortifié, se pressaient ceux qui n'avaient pu loger au château : chevaliers de passage, notaires, domestiques et tout un peuple de commerçants et d'artisans attirés par l'activité générée par la venue de ces riches personnages. 

Édifice classé au titre des Monuments Historiques.

Besse-en-Oisans

Le village et le plateau d’Emparis

Un site exceptionnel avec vue panoramique. Classé depuis 1991 pour la qualité de ses alpages en balcon face au massif de la Meije, le site du plateau d’Emparis couvre une superficie de près de 3 000 hectares (Mizoën, La Grave, Besse).
Centre du pastoralisme en Oisans, à mi-chemin entre Grenoble et Briançon, il témoigne d’une longue présence humaine. Les villages ramassés et les chalets dispersés sur les alpages rappellent la vie des Uissans, conditionnée par le rythme des saisons et les risques naturels.
Dans les villages, partout où il y avait des forêts, les maisons comprenaient un soubassement en pierre surmonté par un vaste fenil en bois pour y stocker une grande quantité de foin permettant de nourrir les bêtes tout au long de l’hiver, mais à Besse, faute de bois disponible, le volume des maisons uniquement bâties en pierre était insuffisant pour nourrir un grand nombre de bêtes. Aujourd’hui, le plateau offre l’occasion de superbes randonnées.

Bougoin-Jallieu

La piscine

Plongée en Art déco. Alors que Bourgoin et Jallieu, pas encore fusionnées, connaissent une expansion industrielle qui les fait s’étendre sur l’ancien marais comme une tâche d’huile, la municipalité s’attelle entre les deux guerres à équiper la ville à sa nouvelle mesure. Pour les loisirs, apparaissent parc public, gymnase municipal, cinéma… Le parc des sports, vite célèbre pour la pratique rugbystique, prend place au nord-est, à la limite de l’urbanisation d’alors qui lui laisse la place de déployer pelouses, gradins et bassin. Car le programme comprend une piscine que l’architecte imagine dans un esprit moderne : hublots dans le style « paquebot », cabines tout en béton (jusqu’au siège et à la patère), terrasse en partie abritée sous des arcades, installations d’hygiène… La porte d’entrée autour de laquelle se multiplient les ressauts droits et courbes acquiert ainsi un aspect monumental, pleinement représentatif du style « Art déco ».

Label "Patrimoine en Isère"

Bouvesse-Quirieu

Le bourg déserté de Quirieu

Il était une fois … Face aux falaises du Bugey, le site de Quirieu occupe une butte isolée dominant le Rhône. Ici s'élevait, au Moyen Âge, le château delphinal et son bourg clos de remparts destinés à renforcer la frontière du Dauphiné. De l’autre côté du fleuve, en effet, c’était la Savoie.
Si la fortification a totalement disparu, le village, lui, s'est maintenu jusqu'au début du 20e siècle. Le dernier habitant y aurait vécu jusqu’en 1914… À Quirieu, les maisons et leurs jardins se serraient le long de la rue centrale (appelée la grande charrière) autour de la chapelle et de la maison forte.
Dans un cadre naturel enchanteur, les ruines évoquent avec force et romantisme la vie de ce village déserté. Tombés sous le charme de cette cité fantôme, les passionnés de l’association « Imagine Quirieu » ont permis de faire ressurgir du passé l’histoire de la cité médiévale effacée. Depuis 2010, ils œuvrent activement pour la valorisation de ce site insolite qui semble sorti d’un conte !

Bressieux

Le château

Un château fort exemplaire. Avec ses élégantes élévations de briques roses, le château de Bressieux constitue la fortification médiévale la mieux conservée du territoire de l'Isère, Le site a bénéficié de neuf années de fouilles archéologiques, d'études approfondies et de travaux de restauration. Ces recherches ont fourni des données sur son évolution architecturale mais aussi sur la vie quotidienne dans une résidence de la moyenne aristocratie en Dauphiné. Situé à l'extrémité d'une colline dominant la plaine de Bièvre et le village, autrefois clos par une enceinte fortifiée, le château est installé sur une terrasse surélevée, entourée d'un profond fossé. Les vestiges comprennent principalement un donjon circulaire flanqué sur une enceinte dans laquelle on pénétrait par un imposant châtelet d'entrée. Ses deux tours encadraient la porte défendue par un pont-levis monumental. L'ensemble est daté de la fin du 13e et du début du 14e siècle.

Classé au titre des Monuments historiques.

Charavines

La grange de Louisias

De pisé et de chaume. Dans un pays de petites exploitations agricoles, cette grange en pisé frappe par son ampleur inhabituelle, comparable à celle des constructions seigneuriales ou conventuelles. Si aucun document ne permet d’en connaître l’histoire précise, l’inscription sur le linteau de la grande porte centrale « L’an 1° de l’Empire 1805 » commémore probablement sa construction. Le logis de la ferme, situé à proximité, remonte lui au début du 17e siècle.

La toiture majestueuse, refaite en chaume de roseau, est l’un des derniers témoins des toits à couverture végétale, réalisés autrefois en paille de seigle. La grange occupe la partie centrale du bâtiment, flanquée de deux écuries murées et plafonnées, le tout coiffé par un immense fenil.

Classé au titre des Monuments historiques en 1986, le bâtiment est aujourd’hui le cœur d’une fabrication artisanale de confitures fines.

Le site archéologique de Colletière

Sur les pas des chevaliers-paysans de l’an Mil. Aux environs de l’an Mil, des chevaliers-paysans ont bâti au bord du lac de Paladru un habitat fortifié qui a été occupé durant une trentaine d’années avant d’être abandonné autour de 1035. La fouille approfondie (qui dura plus de quarante ans) a permis une compréhension nouvelle de cette période historique cruciale. L’occupation relativement brève du site, et surtout son enfouissement rapide, dû à une brusque et durable remontée des eaux, en font une sorte d’instantané du quotidien d’une communauté d’une cinquantaine de personnes parmi lesquels des artisans, des paysans, des chevaliers. Comme sur le site préhistorique voisin des Baigneurs, le sol lacustre révèle des objets en matière organique (bois, cuir), qui n’apparaissent pas habituellement dans les fouilles archéologiques. Ont ainsi été retrouvés des instruments de musique, des jeux, des équipements équestres, des armes et même une pirogue ! Le lac est ainsi devenu un véritable lieu d’expérimentation des techniques de fouilles subaquatiques et un site de référence pour la rareté des objets trouvés.

Site classé au titre des Monuments historiques.

Chatenay

Le Carillon de l’église de la Vierge

Tous les sons de cloches. Sous l’impulsion de l’abbé Combalot, actif prédicateur, l’église de Chatenay est reconstruite en 1862 dans un style néo-gothique. De premier abord austère, elle propose une décoration intérieure éclatante. Mais ce qui la singularise avant tout est son clocher doté, dès l’origine, d’un carillon de 21 cloches (dont 19 demeurent) fondues par la maison Bollée du Mans. Il est aujourd’hui l’un des deux seuls carillons de l’Isère (avec celui de Clelles).

Un système de transmission mécanique relie chaque touche du clavier en bois au battant d’une cloche ce qui en fait un véritable instrument de musique. La protection au titre des Monuments historiques en 1991 a permis la restauration de l’ensemble en 1994 et la préservation de 19 cloches, des battants, des montures et du clavier d’origine. Une école de carillonneurs a été créée dans le village et des concerts y sont donnés régulièrement.

Classé au titre des Monuments historiques.

Chatte

La Galicière

Une usine de moulinage de la soie dans son jus ! Implantée à flanc de coteau et un peu à l’écart du village de Chatte, La Galicière est représentative des nombreuses usines de préparation du fil de soie établies sur le plateau de Chambaran depuis le début du 18e siècle. En 1830, les négociants lyonnais, Romain Deprandière et François Fleury-Cuchet, réunissent deux fabriques existantes pour former l’usine que l’on connaît aujourd’hui. Elle est ainsi structurée en deux espaces distincts et ses bâtiments organisés autour de deux cours. Les bâtiments de fabrication, très caractéristiques, regroupent sous un même toit, ateliers de moulinage et de dévidage semi enterrés au rez-de-chaussée, logements du directeur et des contremaîtres, dortoirs des ouvrières à l’étage, magnanerie dans les combles.
Ces ateliers, qui ont été gérés pendant plus de deux siècles par la famille Crozel (dont la dernière descendante s’est éteinte en 1996), ont conservé l’intégralité de leurs machines bien que l’activité ait définitivement cessé dans les années 1930. Certaines machines, comme ces impressionnants moulins à retordre le fil, de plus de 7 mètres de longueur et près de 4 mètres de hauteur, ont plus de deux cents ans !

Classé au titre des Monuments historiques.

Chichilianne

Le mont Aiguille

Ici naquit l’alpinisme ! Sentinelle du Vercors, mont inaccessible, l’une des Sept merveilles du Dauphiné, les appellations sont nombreuses pour nommer cette tour de calcaire quadrangulaire se dressant à 2 085 mètres d’altitude au-dessus de Chichilianne. Cette intrigante masse rocheuse a suscité de nombreuses représentations fantaisistes et interprétations légendaires – serait-ce le paradis terrestre ? – qui lui confèrent une aura mystérieuse. Et c’est bien pour y mettre un terme qu’en 1492, sur ordre du roi Charles VIII, l’ascension de ce mont inascensibilis est ordonnée ! Elle est préparée telle la prise d’une forteresse : Antoine de Ville part avec huit hommes ; parmi eux un « échelleur » du roi, un maître tailleur de pierre, un maître charpentier, un aumônier et un prédicateur du roi. Le sommet est atteint le 26 juin et la prouesse dûment authentifiée par un huissier comme le premier acte d’alpinisme !

Le jardin d’Eden, supposé présent sur la prairie sommitale, était alors devenu domaine royal.

Chirens

La tour de Clermont

Le Pentagone des Clermont-Tonerre ! Berceau au 11e siècle de la famille de Clermont, l’une des plus illustres et puissantes lignées du Dauphiné médiéval, ce château fut édifié sur une vaste éminence dominant le paysage alentour. Au centre des enceintes, qui abritaient les maisons d'un petit bourg castral et une chapelle, se trouve le cœur du dispositif défensif formé d'un remarquable donjon pentagonal que protégeait un rempart. Seul vestige du château fort, ce donjon est une construction en pierre taillée (du tuf) renforcée de parements décoratifs. Il comptait au moins trois étages, séparés par des planchers. Au deuxième, la cheminée et une ouverture (celle des latrines ?) d’une salle résidentielle, datant probablement du 11e siècle, sont encore en partie préservées.

Classé au titre des Monuments historiques.

Clonas-sur-Varèze

La mosaïque de Licinius

Le dieu Océan sortit du puits ! C’est à l'occasion du forage d'un puits, dans une propriété du centre du village de Clonas, que les vestiges d’une construction édifiée au 2e siècle après J.-C ont été mis à jour en 1996 ! Comprenant de très nombreuses pièces s’étageant sur deux terrasses, la luxueuse villa possédait aussi des jardins. Impressionnante, la mosaïque du dieu Océan l’est d’abord par ses dimensions puisqu’elle s’étend sur une superficie de près de 70 m2 (9,50 sur 7,10 mètres) ! Elle ornait l’une des pièces principales faisant office de salle de réception, le triclinium. Cette pièce s’ouvrait au sud sur une galerie de colonnes (péristyle) offrant une vue exceptionnelle sur la vallée du Rhône.

Dans un grand médaillon central, trône le visage du dieu Océan personnifié tandis que dans les coins, s’ébattent dauphins et thons. Des chevaux marins complètent le décor de cette grande mosaïque géométrique à panneaux. Symbole de l’abondance des eaux et de la fécondité, le dieu Océan fait allusion aux probables activités de la famille des Licinii, dont les marchandises circulaient par voies maritimes et fluviales.

Cognin

Le séchoir à noix

Un monument historique au pays de la noix. Protégé en 1994 pour sa qualité de témoin, ce séchoir constitue le parfait exemple des édifices nés avec le développement de l’activité nucicole, pour le séchage des fruits après récolte. S’il est ici un paysage façonné par l’activité agricole, c’est bien celui des noyeraies de la basse vallée de l’Isère, s’étalant à perte de vue.
La culture de la noix s’intensifie à partir de la seconde moitié du 19e siècle, jusqu’à devenir dominante sur cette partie du territoire. Elle sera consacrée en 1938 par la création de l’appellation d’origine contrôlée « Noix de Grenoble ». L’architecture aérée du séchoir, bâti sur les soubassements d’un ancien corps de ferme, fait la part belle au bois : structure et charpente en chêne, datée de 1776, planchers et claustras en fins liteaux de châtaigniers. Le séchoir a été utilisé en continu jusque dans les années 1960, puis épisodiquement, avant d’être délaissé au début de ce siècle.

Classé au titre des Monuments historiques.

Crémieu

L’ancien couvent des Augustins

Une œuvre picturale unique. Cet ensemble fondé en 1317, bien que considérablement remanié jusqu’au 19e siècle, justifie à lui seul une halte à Crémieu. De l’époque où y vivaient les moines, il a conservé la salle du chauffoir avec sa cheminée monumentale (17e), la salle du chapitre ornée d’un magnifique plafond renaissance et les sobres galeries du cloître. Mais l’élément le plus prestigieux de cet ancien couvent est peut-être l’église Saint-Jean-Baptiste. L’ancienne chapelle de l’abbaye est en effet ornée de magnifiques peintures murales, dont la plupart datent du début du 14e siècle, révélées lors de travaux de restauration conduits en 2000. Sur toutes les parois du chœur s’étendent des scènes classiques de la foi chrétienne ou bien des représentations plus rares et plus savantes. Si chacun peut contempler ces fresques remarquables, un regard de connaisseur est probablement nécessaire pour identifier, sur le mur sud, chacun des personnages du Crédo des Prophètes et des Apôtres !

La ville médiévale

Voyage dans le temps. Dans cette petite ville du nord de l’Isère édifiée au pays du calcaire, employé en moellons pour les constructions et en dalles pour les toitures, l’héritage du Moyen Âge est omniprésent. Ici, tout le rappelle : les deux collines fortifiées, où se devine la présence de l'ancien château-fort d'un côté et du prieuré Saint-Hyppolite de l'autre ; l'enceinte bien conservée avec ses portes, parfois monumentales ; l'organisation des rues et les « maisons à boutique » qui évoquent l’intense passé commercial de la ville.
Deux édifices sont particulièrement remarquables : la halle de 1434, avec sa forêt de piliers en bois et sa charpente portant une toiture de plus de 400 tonnes et l'église Saint-Jean-Baptiste. Cette ancienne chapelle de l’abbaye des Augustins est ornée de magnifiques peintures murales, dont la plupart remontent au début du 14e siècle. Sur toutes les parois du chœur s'étendent des scènes classiques de la foi chrétienne ou bien des représentations plus rares et plus savantes. Il faut en effet un regard de connaisseur pour identifier, sur le mur sud, chacun des personnages bibliques du Credo des Prophètes et des Apôtres !

Classée au titre des Monuments historiques.

Dionay

La chapelle Saint-Jean-le Fromental

Patrimoine et paysage, accord majeur. On ne peut pas aller s’extasier devant la façade flamboyante de l’église abbatiale de Saint-Antoine-l’Abbaye sans garder quelques minutes pour rendre visite à la petite chapelle, si modeste mais si admirable, de Saint-Jean-le-Fromental, à quelques kilomètres au nord.
Là, dans un cadre de collines dignes de la Toscane, se dresse un édifice roman qui semble n’avoir pas bougé depuis le 12e siècle. En réalité, sa voûte a disparu, remplacée par un toit aux solives apparentes et son clocher a été remanié (mais il contient toujours une cloche datée de 1464 !).
Des travaux récents ont fait apparaître des peintures murales remarquables qui laissent imaginer la splendeur du lieu, au temps où il relevait de l’abbaye voisine. Mais le charme du site est tout autant dans les deux tilleuls qui encadrent l’entrée, dans les vieilles tombes qui entourent l’édifice, et dans la sérénité que confère à l’ensemble ce paysage.

Classée au titre des Monuments historiques.

Doissin

Le calvaire

Un bien harmonieux calvaire. Un peu masquée par la végétation, cette élégante croix surgit comme une apparition au promeneur, donnant à ce site un aspect presque irréel. Édifiée à la fin du 19e siècle sur un soubassement carré en briques, un piédestal en pierre taillée supporte un fût octogonal constitué de plusieurs éléments superposés très finement sculptés : de bas en haut se succèdent un socle à remplages gothiques, une colonne gracile habillée de lancettes et coiffée d’un chapiteau à feuillages. Ce motif de feuilles travaillé dans la pierre, se courbe et se découpe jusque sur les bras de la croix, formant un contrepoint à celles des arbres qui ombragent le petit carrefour. Le sommet lest orné d’une croix fleuronnée portant le Christ crucifié, ce qui autorise l’appellation de calvaire.

Domène

Le prieuré

L'église de cet ancien prieuré bénédictin est l'un des rares édifices de notre département antérieur au grand mouvement de reconstruction qui s'épanouit, dans notre région, au 12e siècle. On connaît – et c'est une rareté – la date à laquelle elle fut consacrée (1058), lors d'une cérémonie sans doute solennelle, en présence de trois archevêques et de l'évêque de Grenoble, ainsi que des alliés et amis de la famille noble à l'origine de sa fondation, les Ainard. Au premier regard, on comprend bien la superposition des deux principaux états du bâtiment : la partie basse, en galets et blocs de schiste, éclairée par de grandes fenêtres à encadrement de tuf (plus tard obturées) appartient à l'édifice charpenté existant lors de la consécration. En partie haute, l'appareil de briques ouvert par de hautes baies correspond à des travaux de voûtement pratiqués au milieu du 13e siècle. Enfin c'est au 15e qu'une chapelle encore décorée de peintures (hélas réduites à l'état de traces) vint remplacer le sanctuaire de l'église romane. L'établissement monastique possédait de nombreux biens ruraux aux alentours, permettant de faire vivre confortablement une petite communauté de douze à quatorze moines.

Grenoble

L’ancien Musée-Bibliothèque

Une création majeure du Second Empire. Édifié de 1864 à 1872 par les architectes Questel et Riondel, l’ancien Musée-Bibliothèque est une composante d’un ambitieux programme d’urbanisme visant à regrouper, autour d’une vaste place d’Armes, les principaux édifices publics d’une ville en expansion. Sa façade, avec corps central en retrait, est conçue dans le style néo-Renaissance et son vestibule est orné de peintures de style pompéien, réalisées par les peintres dauphinois Diodore-Raoult et Blanc-Fontaine. Derrière l’enveloppe de pierre se dissimule une structure métallique plus innovante permettant un apport de lumière par cinq coupoles vitrées éclairant la salle de la bibliothèque, dont les hauts murs sont garnis de rayonnages accessibles par des galeries. Depuis le départ de la bibliothèque en 1970, puis du musée en 1993, le bâtiment abrite un centre d'information sur les projets urbains et sur l'architecture.

Classé au titre des Monuments historiques.

L’église Saint-Laurent

Comme un livre d’histoire ouvert. Cette église romane du 12e siècle abrite dans son sous-sol une église funéraire au plan en croix du 6e siècle avec sa crypte. Les fouilles archéologiques d’une ampleur exceptionnelle conduites à l’intérieur ont mis au jour des vestiges, témoins de près de deux mille ans d’histoire de pratiques religieuses et funéraires (du 4e au 20e siècle). Aux origines de l’église se trouve en effet une très importante nécropole (ville des morts) bâtie sur la rive droite de l’Isère, à l’écart de la ville qui s’appelait alors Cularo et à l’abri des crues… Il s’agit là d’un site archéologique unique en Europe ! À la fin du 4e siècle, la ville se christianise, un cimetière, puis une église, prennent place sur le site, perpétuant sous une forme nouvelle la fonction funéraire et religieuse des lieux jusqu’à la Révolution. La crypte Saint-Oyand, vestige d’une église basse alors semi-enterrée, forme un témoignage unique des temps paléochrétiens. Caractéristiques de l’art du Haut Moyen Âge et singulièrement bien conservés, les chapiteaux qui coiffent les colonnes du VIIe siècle présentent des ornements sculptés d’une richesse remarquable.

Classée au titre des Monuments historiques, l'église abrite le Musée archéologique Saint-Laurent qui fait partie du réseau des 11 musées départementaux. Son entrée est gratuite. Rendez-vous sur le site internet du musée.

L’enceinte romaine

Un corset de presque 2 000 ans encore debout. Dans le sous-sol de la place Notre-Dame ou dans les murs extérieurs voire intérieurs des immeubles, la première fortification de la cité est toujours là. Alors que Grationopolis ne s’appelle encore que Cularo, les empereurs Dioclétien et Maximien gratifient la bourgade de ce signe de faveur et apposent des inscriptions à leur munificence au-dessus des deux grandes portes. Ni sa hauteur, ni son apparence extérieure ne sont intactes depuis la fin du 3e siècle, mais elle reste visible, palpable voire sensible “en creux”. La forme d’œuf du centre ancien de Grenoble reproduit son tracé dedans et dehors dans ses rues et un marquage au sol signale aujourd’hui cette limite dans plusieurs rues. Certaines de ses trente-neuf tours, plus ou moins rhabillées, se dressent encore ici et là. Et dans la crypte du baptistère, nous pouvons poser nos pas dans ceux des gallo-romains en traversant les cinq mètres de mur par l’ancienne poterne, voir l’aspect d’origine du mur et même ses fondations, circuler sur le chemin de ronde…

La Tour Perret et le garage hélicoïdal

Des monuments-phare de l’épopée de l’or gris grenoblois. Découvert en 1818 par Louis Vicat le ciment a permis de substituer à la pierre naturelle de la « pierre artificielle » qui, selon l’architecte H. Janniard (1850), « prend par le moulage toutes les formes que l'on veut lui donner ». Mais c’est l’invention du béton armé qui a rendu possible la conception de structures innovantes, dont la Tour Perret et le garage hélicoïdal sont des exemples majeurs.
Première tour en béton armé construite en Europe, l’édifice conçu par les frères Perret est, du haut de ses 95 mètres, le témoin de
l'Exposition internationale de la houille blanche et du tourisme de 1925 dont il constituait le signal et la tour d’orientation.
Le garage conçu par L. Fumet et L. Noiray, achevé en 1932, répondait aux nouveaux besoins nés de l’essor de l’automobile. Un puits de lumière central éclaire la rampe continue desservant ses sept niveaux de boxes.

Classés au titre des Monuments historiques et labels Patrimoine du 20e siècle.

Le palais des sports Pierre-Mendès France

Une audacieuse construction olympique. C’est pour accueillir les épreuves de patinage des Jeux olympiques d’hiver de 1968 que le « Palais de glace » a été élevé à l'emplacement de l'ancien stade militaire. Il a été inauguré en octobre 1967. Conçues par les architectes Demartini et Junillion et l’ingénieur Esquillan, des coques paraboloïdes hyperboliques en béton armé, retombant sur quatre puissantes culées, constituent une voûte autoportante dégageant un espace carré de 113 mètres de côté. Considéré comme emblématique de ces Jeux, l’édifice a eu l’honneur de figurer sur des timbres dans plusieurs pays.
Par la suite, il a été utilisé comme vélodrome et pour des manifestations sportives et culturelles. Libre de tout obstacle structurel, la salle est modulable et sa capacité maximale peut atteindre 12 000 places assises.

Label Patrimoine du 20e siècle

Le palais du Parlement

Là où battait le cœur du Dauphiné. Vieux témoin passé de la principauté indépendante à la France, de l’outil de gouvernement aux cours de justice, c’est le plus spectaculaire des monuments anciens de la capitale provinciale puis départementale. Ses murs de pierre de taille ornée racontent les siècles, du 15e au 19e, alors que ses intérieurs apparient les grands décors du gothique au néo-classicisme. Il rappelle qu’ici et tout autour, le pouvoir politique s’ancre jusque tard dans le 20e siècle. Il enjambe la muraille romaine pour s’étendre et tutoie la Bastille par-delà l’Isère qui a longtemps rongé son pied. Autour des conseillers du prince du Moyen Âge, des graves magistrats emperruqués d’Ancien Régime puis des robes noires et rouges, relevées de rabats blancs ou d’hermine, qui y ont officié jusqu’au 21e siècle, c’est bien là que l’histoire du Dauphiné a sédimenté !

Classé au titre des Monuments historiques.

Gresse-en-Vercors

Les carrières de la Queyrie

Un travail de Romain ! Située à 1 800 m d’altitude, au pied du Grand Veymont et au cœur de la Réserve naturelle des Hauts plateaux du Vercors, ces carrières exploitées à l’époque gallo-romaine (2e s. ap. J.-C.), s’étendent sur plus de 600 m2. Elles sont signalées pour la première fois en 1835 sous le nom de plan de La Queyrie, nom évocateur dérivé du latin quadraria, qui désigne un « endroit où l’on équarrit des blocs de pierre ». Dans les gradins irréguliers, on reconnaît nettement la trace des blocs débités, ainsi que des éléments de colonnes prêts à être détachés. Le matériau extrait, un calcaire dur veiné de rouge, présente, une fois poli, un effet proche du marbre. Nul ne sait aujourd’hui vers quelle destination ces éléments sculptés ont été acheminés, ni le procédé de transport utilisé. Quant à la raison de l’abandon brutal de l’exploitation vers la fin du 3e siècle, c’est encore un mystère à ce jour.

Hières-sur-Amby

Le site archéologique de Larina

Depuis l’âge du bronze. Surplombant le Rhône de ses hautes falaises calcaires, le site archéologique de Larina s’étend sur une vingtaine d'hectares dans la partie nord du plateau de l’Isle Crémieu. Il s’agit d’un lieu majeur pour qui veut comprendre l’histoire de l’occupation humaine dans la région, de la Préhistoire au Moyen Âge. Les hommes, attirés par ce lieu déjà pourvu de nombreuses défenses naturelles, s'installent ici dès l’âge du bronze (2 200 à 800 av. J.-C.). Au second âge du fer (450 à 25 av. J.-C.), c’est un sanctuaire qui semble être prédominant. Durant l'Antiquité tardive (milieu du IVe siècle au VIe siècle ap. J.-C.), de modestes habitations, des ateliers et des entrepôts agricoles occupent le plateau. La population est inhumée sur place dans une nécropole. Par la suite, à l'époque mérovingienne (6e - 8e siècles ap. J.-C.), un vaste établissement pourvu de ses dépendances est installé. Sont également élevés un rempart en pierre, qui protège la demeure aristocratique sur un important périmètre, une chapelle et un cimetière.

Huez

Le site archéologique de Brandes-en-Oisans

De l’argent avant l’or blanc. Dans le massif des Rousses, les hommes ont très tôt exploité les filons métallifères, à la recherche de cuivre et de plomb (à l'âge du bronze ancien) puis d'argent (au Moyen Âge). On peine à croire que sur le plateau aride où se dresse aujourd'hui la station de ski de L'Alpe d'Huez, à 1 800 mètres d'altitude, ils aient pu vivre et travailler toute l'année, organisant un véritable village dès le 12e siècle !
L'été se déroulaient les opérations d'extraction. La saison hivernale était consacrée aux diverses et complexes étapes de la transformation du minerai, d'abord concassé et sorti de sa gangue, broyé à l'aide de moulins à eau, puis lavé dans des successions de bassins. L'ensemble des procédés observés lors des fouilles menées depuis 1977, montre le haut degré de qualification et la grande maîtrise technique des mineurs. Non loin du village, une fortification élevée sur une plate-forme taillée dans le rocher surveillait et protégeait les habitants ; autour de l'église dédiée à saint Nicolas, patron des mineurs, s'étendait le cimetière.

Classé au titre des Monuments historiques.

La Côte-Saint-André

La halle

Un marché couvert de taille. Depuis plus de six siècles, la halle assure au cœur du bourg de La Côte la fonction de marché pour laquelle elle a été conçue à la fin du 13e siècle. C’est l’une des plus vastes halles de France, longue de 76 mètres et large de 28. À ce titre, en dépit de réparations réalisées au 15e siècle, ce bel édifice à cinq nefs constitue un témoignage bien vivant de l’architecture civile du Moyen Âge.
Son impressionnante toiture à deux pans avec croupes est supportée par des files de puissants poteaux reposant sur des dés de pierre. La couverture est réalisée au moyen de tuiles canal (ou tuile rondes). La largeur des nefs, conditionnée par
la taille des arbres disponibles, a généré une structuration de l’espace qui a été mise à profit pour affecter une allée différente à chaque corps de métier.

Classée au titre des Monuments historiques.

La Motte-d’Aveillans, Susville, Prunières

Les mines de la Mure

Du charbon et des hommes. Les chevalements (structures destinées à descendre et remonter les mineurs ainsi que le minerai) des puits d’extraction du charbon des « mines de La Mure » dressent fièrement leurs carcasses comme autant de témoins d’une activité industrielle autour de laquelle l’ensemble de la vie du plateau était organisée.
La présence d’anthracite, un charbon aux hautes propriétés calorifères, dans le sous-sol du plateau est connue depuis le Moyen Âge, mais ce n’est qu’à partir du 19e siècle que l’exploitation du charbon prend un caractère industriel principalement autour du bassin de La Motte d’Aveillans. Au lendemain de la nationalisation des mines, en 1946, la production s’est déplacée autour de Susville. Un réseau de galeries est aménagé en sous-sol, desservi au nord par le puits du Villaret et au sud par celui des Rioux à Prunières. Les Houillères du Dauphiné construisent des logements pour accueillir une main-d'œuvre nombreuse, souvent d’origine étrangère. La Matheysine offre alors le visage d'un pays minier.

Label Patrimoine en Isère (pour les chevalements)

La Salette-Fallavaux

La basilique Notre-Dame de la Salette

Et une basilique apparut… Avec une vue imprenable sur l'Obiou et le Dévoluy, situé à 1 800 mètres d'altitude en lisière du Parc national des Écrins, ce grand sanctuaire dominant le vallon de la Salette est édifié sur les lieux de l'apparition de la Vierge à Mélanie et Maximin, deux enfants bergers, en 1846. Précédant Lourdes (où la Vierge apparut en 1858) dans le grand renouveau de la pratique religieuse au 19e siècle, un pèlerinage s'y développe aussitôt, nécessitant dès 1852 la construction d'une église. Le chantier durera jusqu'en 1897. Première grande œuvre de l'architecte diocésain Berruyer, de plan basilical, elle s'apparente aux modèles médiévaux des églises de pèlerinage et s’inspire d’un style roman lombard. À l'intérieur, dans un volume très élancé, on découvre un ensemble de vitraux d'époque, mais aussi des fresques de l'artiste contemporain Arcabas. Des bâtiments annexes permettent à la Congrégation des Missionnaires de La Salette d'accueillir aujourd'hui encore de nombreux pèlerins.

La-Balme-Les-Grottes

Le château de Salette

Des moniales les pieds dans l’eau. Fondé en 1299 par le dauphin Humbert Ier, cette chartreuse fait partie des rares monastères de cet ordre réservés aux femmes. Elle a été entièrement reconstruite au 17e siècle et accueille à son apogée jusqu’à 100 résidents. Elle abrite même, chose exceptionnelle, une maison d’éducation pour les enfants des grandes familles du Dauphiné. De cette histoire religieuse, il ne reste que quelques bâtiments et le porche d’entrée monumental, car la chartreuse a brûlé à la Révolution, avant d’être transformée en fabrique de faïence, magnanerie, puis finalement en château privé vers 1875.
Tout proche du site célèbre des grottes qui s’ouvre dans le village même, la chartreuse a entraîné celui-ci à s’installer plutôt près d’elle. Elle siège pourtant sur la basse rive du Rhône, qui la frôle et l’a longtemps fouettée de ses débordements, plutôt que sur les falaises protectrices, qui dessinent l’extrémité la plus septentrionale du département et caractérisent l’Île-Crémieu.

Inscrit au titre des Monuments historique.

Laffrey

Prairie de la rencontre

Là où passa l’Empereur. Au bord du grand lac de Laffrey, dominé par le Grand Serre, Napoléon 1er campé sur son cheval domine de sa stature une vaste prairie dont la simplicité pourrait faire oublier qu’il s’agit là d’un lieu qui a été le théâtre de l’un des plus célèbres revirements de l’Histoire.
Le 26 février 1815, Napoléon Bonaparte, fuit son exil de l’île d’Elbe – auquel il avait été contraint à la chute du Premier Empire en 1814 - et part, à la reconquête du pouvoir. Il remonte vers Paris avec plus de 1 000 hommes en empruntant la route à laquelle il laissera son nom. Le 7 mars, les troupes du roi Louis XVIII l’attendent ici, à Laffrey, pour l’arrêter. L’histoire raconte qu’une seule phrase suffit à ce que les troupes royales se rallient à lui. Et l’affrontement qui s’annonçait inévitable n’eut finalement pas lieu. L’Empereur repartit à la tête d’une troupe élargie sans qu’aucun coup de fusil ne soit tiré. Le 20 mars, l’Empereur arrive victorieux à Paris.

Lalley

La Maison Bernard

Une maison chère à Giono. Au cœur du village de Lalley, la maison dite Bernard se distingue par son immense toiture dauphinoise en tuiles rouges, ourlée d’une génoise. L’enseigne, à peine lisible, rappelle que cet ancien relais de poste, établi sur la route menant au col de la Croix-Haute, a accueilli L’auberge du Cheval blanc.

L’ancienne salle commune, entièrement voûtée d’arêtes comme c’est l’usage en Trièves, conserve une plaque foyère datée de 1721. Modifié au 19e siècle sous l’impulsion de la famille Bernard, la maison est surtout connue pour avoir hébergé Jean Giono et sa famille durant l’été 1935, à l’occasion de leur premier voyage à Lalley. Entre 1931 et 1948, Giono séjourne à plusieurs reprises dans le Trièves, à l’invitation de son amie et peintre Édith Berger. Ce territoire imprègne si profondément son œuvre qu’il écrira plus tard : « C’est de ce pays au fond que j’ai été fait pendant près de vingt ans. »

Label Patrimoine en Isère.

Lalley

Le travail à ferrer

Au cœur de la vie artisanale et sociale. Bien qu’ayant perdu leur utilité, il n’est pas rare de croiser, dans le Trièves comme ailleurs en France, ces petits édifices communément appelés travail à ferrer, et localement nommé detré, destinés au ferrage des sabots des animaux de trait. Celui-ci présente la particularité d’être situé au cœur du village, tout à côté de la forge et de l’atelier du maréchal-ferrant.
Constitués de trois piliers grossièrement équarris tenus par des poutres transversales, il permettait de contraindre l’animal à l’immobilité. La bête était maintenue dans la structure par des sangles ventrales, tandis que les pattes étaient relevées, tour à tour, pour permettre la mise en place du fer. Presque désuet, il est pourtant emblématique du paysage rural et permet d’imaginer l’effervescence qui devait autrefois régner à Lalley ainsi que l’ambiance sonore cadencée par le marteau, le soufflet et le passage des animaux…

Laval

La Vierge au manteau de la chapelle des Allemand

Sous la protection de Marie. À près de 600 mètres d'altitude, accroché dans une pente marquée mais bien exposée au sud, le village de Laval paraît représentatif d'une modeste paroisse de moyenne montagne. Pourtant, il abrite, dans son église, une chapelle ornée d'un décor peint de belle qualité, représentant un thème tout à fait particulier au Moyen Âge : la Vierge au manteau, dite aussi Vierge de Miséricorde ou encore Notre-Dame de Bon Secours. Debout au centre, la Vierge Marie, que couronnent deux anges, ouvre largement son immense manteau, couvert d'or et doublé d'hermine, pour abriter le peuple des chrétiens. La centaine de visages, serrés les uns contre les autres, évoque aussi la prolifique lignée des Allemand. La famille, qui possédait ici sa chapelle privée, y réunit, en 1455, l'ensemble de ses membres pour signer un pacte de famille, sous l'égide de l'un des plus illustres des siens : Siboud, évêque de Grenoble.

Le Mottier

La fortification de Bocsozel

Le fief de l’une des plus anciennes familles de la noblesse dauphinoise. Dominant la vallée du Liers, l'ancien camp fortifié de Bocsozel se dressait sur un promontoire bien dégagé des reliefs environnants. Le tertre de sa motte castrale, les replats portant les bâtiments élevés dans la basse-cour composent un ensemble de reliefs qui marque encore le paysage. L’existence du château des seigneurs de Bocsozel est attestée, dès 1003, par un acte signé ici par le comte de Savoie et son épouse. Le château tient sa place dans les conflits entre Dauphiné et Savoie à partir de 1250, et se trouve protégé par une nouvelle enceinte édifiée en briques, comme à La Côte-Saint-André, à Bressieux ou à Viriville. Deux tours, l'une circulaire, l'autre quadrangulaire, soigneusement restaurées en rappellent la présence de cette imposante fortification et évoquent le bruit des combats du Moyen Âge.

Label Patrimoine en Isère

Le Pont-de-Beauvoisin

La borne-frontière

Deux pays sur le pont des beaux voisins. Le torrent du Guiers dégringole de la Chartreuse au Rhône et constitue une limite ancestrale entre Savoie et Dauphiné. La bourgade de Pont-de-Beauvoisin, au nom si explicite, l’enjambe pourtant autour d’un très vieux point de passage. Lors de l’édification du premier pont de pierre, à la fin du 16e siècle, les deux pays conviennent de matérialiser la frontière en son milieu par une borne armoriée. Ce bloc, retrouvé dans les eaux vertes du Guiers, où l’abattit la Révolution française, remonte en effet à 1761. Les lys de France, sous la couronne royale, ornent un côté et la croix de Savoie, sous la couronne ducale, l’autre. Replacée lors de la reconstruction du pont, en 1943, la borne marque aujourd’hui la limite devenue départementale. Sa réinstallation au centre exact de l’arche toujours en plein cintre, côté aval, renoue avec la tradition en rappelant une histoire qui est autant un lien qu’une séparation. Les armes du Dauphiné ne figurent-elles pas sur la culée savoyarde du pont ?

Le Pont-de-Claix

Le pont

À saute-mouton sur le dragon ! L’impétuosité des torrents alpins leur a fait emporter, plus souvent qu’à leur tour, les ponts qui les enjambe et parfois bien plus. Le Drac, le dragon aux colères ravageuses descendu du sud sur Grenoble constitue au fil des siècles une menace réelle pour ses riverains. Une fois contraint de se faufiler entre deux éminences rocheuses, pour l’éloigner de la ville, il devient possible de lancer une arche de pierre entre ces promontoires pour assurer un franchissement aisé et… en percevoir le péage avec une porte et un corps de garde ! Des ponts de Grenoble, Cognet ou Brion, tous élevés sous la férule de Lesdiguières au tout début du XVIIe siècle, c’est le plus audacieux. Quelques décennies plus tard, une majestueuse allée rectiligne, plantée d’arbres tout au long de ses 8 kilomètres, le raccorde aux portes de Grenoble. Les peintres Achard, Flandrin, Jongkind rendent sur leurs toiles son envolée hardie, recoupée depuis le 19e siècle par l’horizontalité de son successeur, dont les habits de pierre dissimulent le béton.

Le Sappey-en-Chartreuse et Corenc

Le fort du Saint-Eynard

Une pièce maîtresse de la ceinture fortifiée de Grenoble. Le fort du Saint-Eynard, bâti entre 1875 et 1879 à 1 338 mètres d’altitude, en bordure de la Chartreuse, fait partie de la série de forts conçue par le général Séré de Rivières après la défaite française de 1870. Le but ? Renforcer les défenses de Grenoble jugées insuffisantes en raison des progrès de l’artillerie. La fonction du Saint-Eynard était de surveiller la route venant de Savoie par le col de Porte et de protéger le fort du Bourcet situé plus bas. Pour le réaliser, il fallut araser le sommet de la montagne dans des conditions difficiles compte tenu de l’altitude, en faisant appel à des ouvriers italiens. Les blocs de pierre provenaient Corenc-le-Haut et la chaux de l'usine implantée à l'entrée du Sappey.
Désaffecté par l’armée et vendu aux communes, le fort a été sauvé à partir de 1991 par une entreprise privée et une fondation avec le soutien des deux communes.

Classé au titre des Monuments historiques.

Le Touvet

Le château et ses jardins

Un voyage au siècle des Lumières. Installé au pied de la Chartreuse, le château du Touvet est remarquable pour la décoration intérieure de ses salles et salons ainsi que pour ses jardins créés sous l'égide du comte Pierre de Marcieu entre 1753 et 1770. Le jardin géométrique à la française, conçu par Letellier et Potin, comprend un splendide escalier d'eau encadré de parterres réguliers et offre un panorama exceptionnel sur la vallée du Grésivaudan. Il a été récemment restauré et en partie recréé selon un plan du 18e siècle. Le château, dont l’existence remonte au Moyen Âge, présente de sobres façades largement percées de fenêtres sous une haute toiture en tuiles vernissées. Un texte de 1339 décrit ses fossés en eau que rappellent encore aujourd'hui la présence de douves. Celles-ci longeaient une enceinte dont seules les tours d'angle ont subsisté.

Classé au titre des Monuments historiques.

Les Abrets

La fontaine

Courbes électriques pour carrefour majeur. Au pied des reliefs prolongeant la Chartreuse, deux routes nationales et une départementale confluent autour de la « fontaine de la croisée » dont la première version est décidée en 1827. Désormais plus borne routière et rond-point commémoratif que point d’eau, son grand remaniement de 1913 flèche Lyon, Grenoble, Belley, Chambéry et Bourg-en-Bresse. L’architecte Rostagnat a prévu des sculptures : dauphins pour cracher dans le grand bassin en calcaire de l’Échaillon et statue couronnant le tout. Une jeune femme très peu vêtue dont la posture accentue les courbes voluptueuses, sortie du marbre par le sculpteur-marbrier Descotes, brandit vers le ciel une torchère à qui elle dédie un grand sourire. L’œuvre représente « L’électricité arrivant aux Abrets », il s’agit donc d’une allégorie technique… Mais l’apparence avenante de ce progrès dans les équipements communaux inspira des accents lyriques aux officiels qui l’inaugurèrent et fournit toujours un point de repère très populaire.

Livet-et-Gavet

La centrale des Vernes

De l’électricité au tourisme, l’architecture met l’eau en scène. Membre du très fermé club des centrales hydroélectriques classées, l’usine a été construite en 1917 pour les industries de guerre en plein essor dans la vallée de la Romanche.
Au fond de l’étroite gorge qui constitue l’accès principal du massif de l’Oisans, elle exploite ainsi l’énergie du torrent. Jouant des matériaux locaux et des pierres factices en ciment, si appréciées dans nos régions, son cube est complété d’un spectaculaire escalier extérieur. Dans le jardin, la fontaine monumentale est un organe technique, de même que le lanternon, illuminé la nuit qui la surmonte. De là partaient les fils électriques dont des pylônes, également éclairés, indiquent le chemin. Revalorisée par la restauration et l’aménagement routier, la centrale redevient le porte-drapeau du creuset humain et industriel où elle trône. Son initiateur, C.-A. Keller, l’avait voulu aussi objet de loisirs et de tourisme, un destin qui se perpétue au-delà de l’arrêt de sa production.

Livet-et-Gavet

Le pavillon Keller

Un phare pittoresque et inattendu au cœur d’une vallée industrielle. Edifié à partir de 1912 à la porte d’une usine électrométallurgique, cet immeuble-villa aux allures insolites de maison-girafe, attire irrésistiblement l’œil. Logement du directeur et des ingénieurs avec leurs familles, l’édifice utilise d’abord les pierres locales, les céramiques et les vitraux sur les balcons de bois pour donner un cachet à la fois rustique et confortable. Les agrandissements des années 1930 en béton développent l’appartement patronal en longues avancées sur pilotis, offrant des panoramas spectaculaires sur la Romanche, le bourg et les usines. À l’intérieur, boiseries, jardin d’hiver, marbres et mosaïques assurent à C.-A. Keller un décor à la hauteur pour les réceptions. Sous le restaurant des cadres, un passage dans les caves permettait à Noël de rejoindre sans dommages l’escalier principal et ces salons pour la remise des cadeaux aux enfants. C’est aussi le directeur-syndic qui décidait quelles plantes placer aux fenêtres !

Label Patrimoine en Isère.

Moirans

L’église Saint-Pierre

Deux clochers dominent la ville de Moirans… L'édifice aujourd'hui en usage, achevé en 1911 a entraîné le délaissement de l’ancienne église Saint-Pierre. Après avoir servi, entre autres de salle des fêtes, cette église romane est depuis une dizaine d’années, au cœur d’un questionnement scientifique auquel les archéologues apportent peu à peu des réponses. C’est la complexité de son évolution architecturale qui a tout d’abord interrogé : ici, des arcades dissymétriques, là, des fissures étonnantes… On connaît bien désormais la longue évolution du bâti, depuis l'église avec transept du XIe siècle jusqu'au clocher surmontant la façade, réédifié à la période moderne. Un épisode catastrophique, sans doute un tremblement de terre, justifia d'une reconstruction quasi-totale et d'une nouvelle consécration en 1333.

Les fouilles ont aussi permis de mieux comprendre les origines de l'édifice et le phénomène de la christianisation ; Moirans constitue en effet un site antique important. Est-ce autour d'une sépulture privilégiée, celle d'un saint ou d'un martyr qu'on éleva la première église ?

Classée au titre des Monuments historiques.

Marnans

L’église prieurale Saint-Pierre

Une église romane à nulle autre pareille. Blottie au fond d’un vallon, l’église Saint-Pierre de Marnans constitue le principal vestige d’un prieuré médiéval de chanoines réguliers. Repérée et protégée par Prosper Mérimée, inspecteur général des Monuments historiques, cet édifice de la fin du 12e siècle est classé depuis 1846 en raison de la simplicité de son volume général et de la qualité du décor de sa façade, qui l’apparentent à certaines églises cisterciennes. Avec une longueur totale est de 44 mètres, cette très belle construction figure aussi parmi les plus grandes églises romanes du Dauphiné ! Les bâtiments conventuels ont été démolis pendant les guerres de Religion mais l’étude de leurs rares vestiges a révélé qu’ils étaient en pisé sur un soubassement de galets, ce qui atteste de l’ancienneté de cette technique. Le plan du cloître a été, schématiquement, tracé au sol et le mur nord de l’église conserve toujours la trace de la galerie qui s’y adossait.

Classée au titre des Monuments historiques.

Mens

Le Café des Arts

Couleur café. Figurant dans la petite dizaine de cafés historiques en activité en Isère, le Café des Arts est emblématique du Trièves et particulièrement de Mens. C’est à la société de secours mutuel « Les Arts et métiers », dont les membres se réunissaient ici, que ce café doit son nom. En 1896, le propriétaire confie à Gustave Riquet, un jeune peintre originaire d’Amiens en séjour à Mens, la décoration intérieure de son établissement. S’inscrivant dans un décor de boiseries et de miroirs, la composition en trompe-l’œil place le visiteur au centre d’un espace ouvert sur les paysages de la région. On reconnaît le pont de Cognet, le lac de Petichet, le mont Aiguille, la ferme du Thau ou encore les fontaines du bourg. Le plafond est orné de chérubins et de figures allégoriques symbolisant les vendanges et les moissons. Des devantures en noyer sculpté complètent cet ensemble. Ce haut lieu de la vie sociale locale prêta ses traits au « Café des Amis », cité par Jean Giono dans son Triomphe de la vie (1942).

Classé au titre des Monuments historiques.

Monestier-de-Clermont

Le bâtiment de captage des eaux minérales

La mémoire de l’eau. Hormis les spécialistes d’histoire locale, qui se rappelle qu’en marge d’Allevard, d’Uriage ou plus proche, de La Motte-les-Bains, Monestier-de-Clermont a eu, à la fin du 19e siècle, des velléités d’exploiter ses eaux à des fins thermales ? Gazeuse, ferrugineuse et saline, l’eau de la source Saint-Paul présentait des qualités apéritives et digestives suffisantes pour être mise en bouteille et commercialisée. Un petit édifice, bâti un peu à l’écart du bourg témoigne, par sa qualité architecturale de l’ambition de cette entreprise.
Ce bâtiment octogonal est agrémenté, à l’extérieur, d’un joli décor réalisé en ciment moulé.  L’intérieur est tout aussi soigné et sa charpente métallique est particulièrement élégante. Au centre du bassin de captage, dans lequel on descend par un escalier, une grande cuve métallique présente, à sa base un robinet qui permettait de recueillir l’eau minérale. Si l’exploitation de la source Saint-Paul a pris fin après la Seconde Guerre mondiale, ce petit bijou d’architecture permet de ne pas oublier cette page d’histoire du pays monétéron.

Label Patrimoine en Isère.

Morestel

La maison Ravier

Au cœur de la Cité des peintres. Juchée sur les hauteurs de la vieille ville de Morestel, cette belle demeure du 18e siècle bâtie au cœur d’un vaste jardin offre un superbe panorama sur les monts du Bugey ainsi que sur les massifs de Chartreuse, de Belledonne et du Vercors. C’est ici que le peintre Auguste Ravier (1814-1895) s’installe en 1867. Attiré par la lumière qui baigne les environs, le peintre paysagiste, souvent considéré comme un précurseur de l’impressionnisme, y trouve son motif de travail favori : le paysage. Et il n’a pas été le seul à céder au charme de ce territoire ! D’autres artistes, tels que Charles-François Daubigny, Jean-Baptiste Camille Corot ou encore Gustave Courbet, ont aussi été attirés par la qualité et la diversité des paysages, qui valent à Morestel l’appellation de Cité des peintres. Aménagée en musée, la maison Ravier, qui a été labellisée « Maison des Illustres » en 2012 par le ministère de la Culture, permet d’admirer quelques œuvres de ces grands maîtres.

Consultez le site internet du musée.

 

Nivolas-Vermelle

L’ancienne usine-pensionnat du Vernay

Des femmes de soie dans un navire de pierre. Réunissant dans un site clos et homogène la partie industrielle et la partie habitat, l’ancienne usine-pensionnat, bâtie il y a 150 ans, est le seul ensemble du secteur à être ainsi conservé. La maison patronale à l’ornementation soignée s’accompagne d’une orangerie, de la chapelle et du parc. Parallèlement, une cour en longueur mène au vaste bâtiment rectangulaire de l’atelier qui conjugue éclairage généreux et vastes espaces intérieurs grâce au recours aux poteaux de fonte ou de bois.
Les ouvrières, encadrées par des religieuses, logeaient durant la semaine dans le comble au-dessus de leurs machines, une configuration typique des usines-pensionnats du textile. Bien avant que cette usine ne soit édifiée, le travail de la soie était déjà présent de la vallée de la Bourbre. L’énergie de la rivière, récupérée par des canaux et complétée de sources, offrait une configuration propice au développement de moulinage essaimant autour de Lyon. Au Vernay, le moulinage de 1796 se développe en filature, puis s’adonne au tissage jusqu’au début des années 1960.

Notre-Dame-de-Mésage

La chapelle Saint-Firmin

Tel un bijou dans son écrin. Le sud du département de l'Isère compte un assez grand nombre d'édifices religieux romans ou possédant des parties romanes. Il s’agit de constructions modestes, reflets du terroir où ils sont nés, et la chapelle Saint-Firmin est de celles-ci. Perchée sur un relief dominant la Romanche, elle offre comme, en peu d’endroit, un exemple abouti d’une parfaite harmonie entre une construction et son environnement naturel. Protégée à l'origine par une enceinte, cette ancienne église d'une commanderie des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem est un pur joyau de l'architecture romane dauphinoise. Construite au début du 13e siècle, en un bel assemblage régulier de tuf, elle est ornée à l'intérieur d'un élégant décor sculpté.
Ses volumes géométriques et son beau clocher latéral sommé d'une flèche pyramidale nous apparaissent tels, qu’au Moyen Âge, les pèlerins ont pu les apercevoir en rejoignant leur lieu de séjour.

Classé au titre des Monuments historiques.

Pont-en-Royans

Les maisons suspendues

Un village perché au-dessus de la Bourne. Le bourg médiéval de Pont s’est développé sur un point de passage obligé entre le Vercors et la vallée de l’Isère. En 1579 il a vu le passage de Catherine de Médicis venue proposer une trêve entre Catholiques et Protestants, mais l’année suivante, malgré son enceinte fortifiée, il subira un siège destructeur. Plus tard, la révocation de l’Édit de Nantes provoquera des départs.
Compte tenu de l’étroitesse du site, certaines maisons ont un soubassement en pierre ancré sur le rocher surmonté d’étages en pans de bois, parfois cachés par des enduits. Cette technique savante offrait un gain de surface grâce à des surplombs. Certaines façades conservent des consoles, dont la fonction première est mal connue mais qui ont pu servir à suspendre des nasses, des filets ou des toiles.
Le bourg, dont p
lusieurs secteurs sont inscrits au titre de la protection des sites, abrite aujourd’hui, dans une ancienne fabrique, le musée de l’Eau.

Revel-Tourdan

Notre-Dame de Tourdan

Première étape sur la voie romaine Vienne – Milan. Le village de Tourdan est connu dès la période gallo-romaine (Turedonnum), figurant sur les cartes  antiques comme la première étape routière entre Vienne et Milan, via Grenoble. Son église prieurale est attestée pour sa part dès le 10e siècle. Et ce n’est que très récemment qu’ont été mises au jour des peintures murales exceptionnelles, qui avaient été recouvertes au fil du temps. Dans la chapelle des prieurs notamment, est apparu un décor peint que les spécialistes datent du 15e siècle, et considèrent comme très cohérent, alliant motifs floraux au pochoir, filets, étoiles et personnages sur fond d’architecture. Ce qui enrichit considérablement le patrimoine d’une commune déjà bien dotée, tant à Revel qu’à Tourdan, et qu’une association très active anime et met en valeur. 

Roussillon

La poterie de Chals

De la terre et des hommes. Cette poterie, construite en 1843 par Denis Martinet, est l’un des six ateliers en activité au milieu du 19e siècle à Roussillon, nom qui signifie d’ailleurs « terre rouge ». De 1887 à 1898, la poterie produit de la vaisselle commune, liée au monde paysan (pour la fabrication du fromage notamment) et approvisionne tant le marché local que des négociants des départements voisins (Ardèche, Drôme, Loire et Haute-Loire). Grâce aux potiers qui s’y sont succédé, cette fabrique a su faire évoluer sa production au gré du temps, des usages et des goûts pour la terre vernissée. Alors qu’en 1976, elle s’apprêtait à éteindre son four, Jean-Jacques Dubernard y commence son apprentissage aux côtés du potier Jean-Marie Paquaud. L’activité de la poterie suit le rythme des saisons. L’été, c’est la préparation de la terre mise à sécher dans deux grands bassins au sol tapissé de briques. L'automne et l'hiver sont dédiés au tournage des pièces, puis au printemps, vient le temps du décor et de la cuisson. Devenu propriétaire de l’atelier, Jean-Jacques Dubernard perpétue avec talent la tradition locale de la terre vernissée depuis plus de trente ans.

Label Patrimoine en Isère.

Le château

Berceau du Nouvel An. C’est dans ce château qu’en 1564, le roi Charles IX, en présence de sa mère, Catherine de Médicis, signe l’Édit de Roussillon, qui fait débuter l’année civile au 1er janvier dans toutes les provinces du royaume ! Intégrant les vestiges d’une ancienne maison forte, l’édifice a été transformé et agrandi au milieu du 16e siècle par le cardinal de Tournon, ministre de François 1er. C’est un bel exemple de l’influence de la Renaissance italienne qui porte la marque du célèbre architecte italien Sebastiano Serlio. Le bâtiment principal possède une travée d’arcades ainsi que de grandes fenêtres, ornées de frontons et de corniches saillantes, qui lui donnent un cachet unique.
Accueillant aujourd’hui la mairie et l’office du tourisme, le château de Roussillon conserve un escalier monumental mais aussi quelques éléments de décors et de mobiliers datant de la Renaissance : dessus et ciel de lit, sièges (escabelles) en noyer, série de lambris peints présentant un décor d’inspiration italianisante, où figurent grotesques, satyres, oiseaux, masques et scènes de chasse.

Classé au titre des Monuments historiques.

Sablons

Moly-Sabata

Les pieds dans l’eau. Édifié au 18e siècle comme un balcon sur le Rhône, cet élégant bâtiment tout en longueur fut d'abord un relais de batelier, puis un couvent avant d'abriter, à partir de 1890, une école libre qui ferma en 1906. Adossée à un vaste jardin et complètement ouverte sur le fleuve (Moly Sabata signifie « mouille savate », c’est-à-dire « pieds dans l’eau » !), la bâtisse séduit Albert Gleizes (1881-1953), peintre majeur du mouvement cubiste, qui après un premier séjour en 1927, finit par l’acheter dix ans plus tard. Il y fonde un lieu pour réunir des artistes loin de la ville dans un esprit de rapprochement avec la nature et de retour à la terre. L’artiste céramiste australienne Anne Dangar (1887-1951) en sera la principale animatrice. Aujourd'hui la fondation Albert-Gleizes est propriétaire des lieux et perpétue l’esprit de son créateur en accueillant toute l’année des artistes en résidence.

Label Patrimoine en Isère.

Saint-Albin-de-Vaulserre

Le château de Vaulserre

L’élégance du 18e siècle. Au cœur d'un vaste parc aménagé en terrasses ouvrant sur les cimes de la Chartreuse, cette demeure doit son aspect classique à une recomposition du XVIIIe siècle. C’est de cette période en effet que date son ordonnancement régulier : alignement vertical des fenêtres et des lucarnes, lignes horizontales soulignées de cordons et d'une corniche sous une haute toiture en tuiles écaille, très caractéristique de la maison noble en nord Isère. La façade principale articule deux ailes en légère avancée, entre lesquelles s'insère un avant-corps qu’un imposant fronton triangulaire, orné d'armoiries sculptées d'attributs militaires, met en valeur. Derrière, se dissimule la remarquable cage d'un escalier suspendu, d'un modèle peu courant, appuyé aux murs peints en trompe-l'œil qui simulent des reliefs.
Un subtil jeu de volumes et de perspectives et une minutieuse harmonie entre l’architecture et le décor font de cette bâtisse un exemple d’élégance.

Classé au titre des Monuments historiques.

Saint-Antoine-l’Abbaye

L’église abbatiale

Une perle de l’architecture gothique. Considérée comme l’une des réalisations gothiques les plus remarquables du Dauphiné, sanctuaire majeur du sud-est de la France, l’église abbatiale de Saint-Antoine a été édifiée entre la fin du 12et le milieu du 15siècle. Monument protégé dès 1840, à l’initiative de Prosper Mérimée, elle répond aux particularités architecturales des églises de pèlerinage. Elle est dotée d’une nef haute et unique pourvue de collatéraux et de chapelles dont certaines révèlent un décor peint d’une grande richesse. À l’origine, église prieurale édifiée par les bénédictins de Montmajour, détentrice des reliques d’Antoine l’Égyptien, elle devient au fil des siècles le fleuron de l’abbaye chef-d’ordre des Hospitaliers de Saint-Antoine, ordre souverain en Europe de 1297 à 1777.
Vaisseau amiral d’un site emblématique du paysage isérois, elle accueille, jusqu’au 18e siècle, des milliers de victimes du mal des Ardents (épidémie due à une intoxication par l’ergot, un champignon du seigle) et de pèlerins accourus de toute l’Europe attirés par la puissance du saint tutélaire. Élevés sur un promontoire majestueux, l’église abbatiale et les bâtiments conventuels dominent une nature préservée, autrefois ponctuée de jardins.

Classée au titre des Monuments historiques

Saint-Baudille-et-Pipet

Le château de Montmeilleur

Une demeure d’origine médiévale au pied de l’Obiou et du Grand-Ferrand. Une maison forte appartenant aux comtes de Morges est attestée au 14e siècle à proximité du bourg de Mens, sur un éperon dominant l’Ébron. L’histoire raconte que le Dauphin, futur Louis XI, aimait aller chasser à Montmeilleur et qu’il y aurait résidé en 1460… Pour l’essentiel, la demeure seigneuriale, de plan en équerre flanqué de tours rondes à ses angles extérieurs, porte la marque de travaux effectués aux 16e et 17e siècles, mais ses hautes toitures reposent sur des génoises, qui ne peuvent pas être antérieures au 18e voire au 19e siècle.
On y accède par un premier portail ouvrant sur une cour pavée de galets typiquement dauphinoise entourée de vastes dépendances disposées en U. Un second portail ouvre sur un espace d’agrément menant d’un côté à la tour d’escalier implantée dans l’angle rentrant du château et de l’autre à des jardins en terrasses. 
Protégé au titre des Monuments historiques depuis 1979, le domaine, est aujourd’hui doté d’une piste d’atterrissage permettant d’accueillir des aérotouristes.

Le cimetière familial protestant

Le champ du repos. Véritable empreinte historique dans le paysage, ce petit cimetière familial est l’un des nombreux encore visibles dans le Trièves, bastion du protestantisme. Après la révocation de l’Édit de Nantes en 1685, les conflits avec l’Église catholique conduisent en effet les protestants à inhumer leurs morts sur leurs terres.
Celui-ci est implanté en plein champ, sur la propriété de la famille inhumée. Il se présente sous la forme d’un petit espace rectangulaire clos par un mur et dans lequel on pénètre par une petite grille. Quelques tombes y prennent place, parfois simplement signalées par des plaques fixées au mur comme dans le petit cimetière voisin de Saint-Jean-d’Hérans. Au centre de l’enclos, un cyprès a été planté, symbole d’immortalité.  

Classé au titre des Monuments historiques.

Saint-Bonnet-de-Chavagne

Le château de l’Arthaudière

Un bijou d’architecture Renaissance. Ancienne demeure seigneuriale de la famille Arthaud, ce château est représentatif de l’évolution des maisons fortes à cour fermée implantées au cœur d’un domaine agricole. Menacé de disparition au début des années 1990, il constitue également un exemple remarquable de sauvetage et de mise en valeur du patrimoine par une action associative et publique.

Sa partie la plus ancienne remonte probablement au 13e siècle. Resté dans la même famille jusqu’au 19e, le bâtiment a connu de nombreuses transformations. Profondément remanié à la Renaissance, avec la création de galeries voûtées ornées d’éléments sculptés, le bâtiment s’est ouvert sur des jardins en terrasse d’inspiration italienne grâce à la démolition de son aile sud. Au 18e siècle, l’accession de la famille La Porte de l’Arthaudière au marquisat a également été l’occasion de nouvelles transformations dans le goût du grand-siècle.

Classé au titre des Monuments historiques.

Saint-Chef

L’église abbatiale

Un joyau de l’art roman orné de fresques prestigieuses. Fondé au 6e siècle par Theudère, le monastère de Saint-Chef, a connu un essor rapide dû à la vénération entourant les reliques de son fondateur mais rien ne subsiste des bâtiments antérieurs à l’église abbatiale actuelle.
L’édifice semble dater du 12e siècle et figure sur liste des Monuments Historiques de 1840 en raison de l’ampleur de son programme architectural. Il comprend trois nefs et est pourvu d'un transept dont la branche sud supporte le clocher. Sa branche nord abrite, à l’étage, la chapelle des anges, ornée de remarquables peintures, probablement du 12e siècle, illustrant la Jérusalem céleste d’après l’Apocalypse de Saint-Jean.
Au milieu du 19e siècle l’église, devenue paroissiale, a fait l’objet de travaux sous la direction de Charles Questel qui a fait dégager le chevet. Plus récemment, les fresques de la chapelle des anges ont été restaurées. Le cloître a disparu mais la mairie actuelle occupe l’ancienne maison du doyenné.

Classé au titre des Monuments historiques.

Séchoir à tabac

Une silhouette familière dans nos campagnes. Introduit en Isère en 1872, le tabac constitue à la toute fin du 19e siècle une culture de secours suite aux ravages du phylloxéra, en complément de la polyculture traditionnelle. Dès 1882, 30 planteurs débutent à Saint-Chef la culture du tabac brun. Le séchage s’effectue dans les bâtiments de ferme, que l’on adapte à cet usage, avant de rejoindre le magasin des tabacs de Morestel.
La consommation s’accélère durant les deux guerres par le vecteur des soldats, grâce au succès grandissant de la cigarette. La production française connaît son apogée dans les années 1950. À partir de 1965, plusieurs séchoirs sont édifiés sur la commune, à l’image de celui de Crucillieux : volume simple revêtu d’un bardage de bois sombre sur une structure préfabriquée en poteaux de béton, couvert d’un toit à deux pans, ventilé sous le faîtage. Les séchoirs sont abandonnés dans les années 1980 au profit du séchage « en serre » ou « en four ».

Saint-Christophe-en Oisans

Le cimetière

Au bout de la course… Situé à l’arrière de l’église et en « proue » au nord-ouest du village, ce cimetière offre une vue imprenable sur le massif des Écrins qui l’environne. Véritable lieu de mémoire sur l’histoire de l’alpinisme en Oisans, il conserve de très nombreuses tombes d’hommes mais également de femmes qui partirent, dès la seconde moitié du XIXe siècle, à l’assaut des sommets et qui –malheureusement – y trouvèrent la mort.
Aristocrates ou bourgeois venus de l’étranger, éminents alpinistes tel l’autrichien Émile Zsigmondy, mais aussi des guides-paysans comme ceux de la famille Turc ou encore Pierre Gaspard, enfant du pays et vainqueur de la Meije le 16 août 1877, reposent dans ce lieu. Piolets, pics et cordes en bronze moulé ornent ici les tombes dont les stèles, en granit ou marbre, épousent la forme d’un rocher. À côté de ces sépultures, qui affirment le lien du défunt avec l’alpinisme, des tombes plus modestes avec de simples cœurs émaillés fixés sur des croix en fer participent à l’harmonie de cet ensemble exceptionnel.

Label Patrimoine en Isère.

Le refuge de La Selle

Un refuge et quatre métamorphoses en un siècle. Une évocation du patrimoine isérois ne peut ignorer ces édifices si particuliers que sont les refuges de haute montagne, nés du développement de l’alpinisme à la fin du 19e siècle. Le refuge de La Selle, s’il n’est pas le plus ancien, a pour caractéristique d’avoir connu plusieurs formes, d’avoir évolué en fonction des pratiques de la montagne ; outre le fait qu’il permet d’évoquer comme possible patrimoine une construction contemporaine. Installé au fond du vallon du Diable, il a été construit en 1878 à l’initiative de la Société des Touristes du Dauphiné. C’est alors une modeste cabane en pierre, semi-enterrée pour ne pas donner prise aux avalanches, et peut contenir dix personnes. En 1934, il est remplacé par une plus grande bâtisse qui sert toujours de refuge d’hiver, non gardé. En 1948, on ajoute à cet édifice une annexe pour le gardien. En 1970, un grand refuge en bois, en métal et en siporex, est construit à côté du précédent. Enfin, en 1997, est inaugurée la grande construction actuelle, dont l’architecture en surplomb offre une vue panoramique exceptionnelle. Il peut recevoir 75 alpinistes.

Saint-Georges-de-Commiers – La Mure

Le chemin de fer de la Mure

L’épopée d’un petit train. Réalisée entre La Mure et Saint-Georges-de-Commiers à la fin du 19e siècle pour acheminer vers la plaine le charbon issu des mines du plateau matheysin, cette voie de chemin de fer, établie à flanc de montagne, est un véritable balcon ! Le voyage, qui dure environ deux heures, offre des points de vue spectaculaires et uniques sur les gorges du Drac et, au-delà, sur le massif du Vercors. Derrière les ouvrages d’art et panoramas spectaculaires qui se succèdent au fil des 30 kilomètres du parcours, se cachent les prouesses techniques de sa construction (142 ouvrages d’art, dont 18 tunnels et 9 viaducs !), la performance technologique de son électrification (première ligne au monde à être alimentée en continu sous haute tension en 1909) mais aussi l’histoire du développement industriel et du désenclavement de tout un territoire. Au plus fort de la circulation, la ligne fonctionne à raison de 17 trajets aller-retour quotidiens. Les derniers trains de voyageurs ont circulé en 1950 et les ouvriers mineurs seront transportés jusqu’en 1962. Le transport du charbon prend fin en 1988. Depuis, ce fleuron du patrimoine industriel est devenu un petit train touristique.

Saint-Gervais

La fonderie royale de canons

Un des fleurons de la métallurgie française. Le développement de la construction navale, à la fin du 17e siècle, explique l’établissement, sur les terres de la marquise de Virieu, de cette fonderie royale. Créée en 1679 sous l’impulsion de Samuel Dalies de La Tour, agent de Colbert, alors secrétaire d’État de la marine, elle approvisionne en canons la marine du Levant. Sa position en bordure de l’Isère lui permet un transport aisé des marchandises jusqu’à Toulon. Très performante, quelque 250 ouvriers y travaillent en 1706, la fabrique produit des canons en fonte à partir du minerai de fer d'Allevard et du bois de chauffe disponible dans le Vercors. Si le site présente encore quelques vestiges du 18e siècle (parties basses des deux hauts fourneaux, halles à charbon, maison de maître et réservoir), l’essentiel des constructions date du début du 19e siècle. Particulièrement bien conservées, celles-ci s’organisent autour d’une vaste cour rectangulaire et se distinguent par leur qualité architecturale et l’emploi généralisé de la pierre de taille extraite des carrières voisines de Rovon.

Classée au titre des Monuments historiques.

Saint-Hilaire-de-Brens

Le château de Montplaisant

Le fief d’une éminente famille du Dauphiné. Il faut être un véritable passionné pour se lancer dans la conservation d'un ensemble fortifié aussi vaste et complexe que la maison forte de Montplaisant située sur un plateau calcaire à l’écart du village. Dominant la vallée, les hauts murs de Montplaisant rappellent la puissance de la famille de Loras, qui possédèrent le château jusqu’à la Révolution. Autour d'une cour centrale se pressent des bâtiments élevés entre le 13e et le 16e siècle. Au premier rang de ces édifices, une haute et massive tour carrée couverte d'une toiture de lauzes – comme bien des maisons rurales du secteur – faiblement éclairée par des fenêtres rares et de petites dimensions.
L'enceinte quadrangulaire, parfois crénelée, protège les constructions qui s'y sont adossées au cours du temps. Édifiée au 15e siècle, la chapelle privée, dédiée à saint Christophe, est ornée d'un remarquable décor peint, très représentatif du goût de la noblesse à cette époque.

Les façades sont inscrites et la chapelle classée au titre des Monuments historiques.

Saint-Martin-de-la-Cluze

La chapelle de Pâquier

Perle romane. Dans cette partie sud du département, se trouvent près d’une vingtaine d’édifices religieux des 12e13e siècles présentant des caractères romans, témoins intéressants de l'application locale des principes de cette architecture médiévale. D’apparence modeste et de construction sobre, cette chapelle en est une parfaite représentation.
D’origine ancienne, puisque l’on sait qu’elle fut concédée en 1106 (comme celle du village de Saint-Martin et la chapelle du château voisin de la Cluze) par Hugues, évêque de Grenoble, au prévôt d’Oulx (près de Suze, en Italie), sa nef et son abside voûtée auraient été construites au 12e siècle.

Bâtie à l’orée du hameau du même nom, elle s’inscrit dans un site paysager qui forme autour d’elle un véritable écrin. Parmi les tombes du cimetière qui l’entoure se trouve celle du sculpteur Émile Gilioli, reconnaissable à sa stèle sculptée.

Inscrite au titre des Monuments historiques.

Saint-Martin-le-Vinoux

La Casamaures

Le plus ancien monument historique français en ciment moulé. Influencé par la vague orientaliste du 19e siècle, Joseph Julien, dit Cochard, s’est fait bâtir près de l’Isère au lieu-dit La Guinguette, une villa nommée Les Magnolias, achevée en 1867. Ses ornements intérieurs, ses vitraux polychromes, ses motifs d’entrelacs, son jardin d’hiver évoquent en effet les rives du Bosphore et l’art islamique. Ses jardins en terrasses descendaient jusqu’à la berge de l’Isère. La cimenterie de la Porte de France toute proche a fourni le ciment utilisé pour fabriquer les 52 colonnes porteuses en « pierre factice » (béton non armé) alors que la technique du moulage était réservée jusque-là aux décors. Méconnus, le bâtiment et les jardins ont été laissés à l’abandon. Sans l’action d’une nouvelle propriétaire passionnée et sans la création en 1985 de l’association « Casamaures d'hier et d'aujourd'hui », ce bijou délicat aurait disparu.

Classée au titre des Monuments historiques.

Saint-Pierre-d’Allevard

Le four à griller de Champ-Sappey

Au pays du fer. Construit en 1905 par les Forges d’Allevard, ce four à griller le minerai de fer est l’unique vestige d’un vaste dispositif créé, à partir de 1874, par la société Schneider et Cie (Le Creusot). Haut d’environ 15 mètres, il marque aujourd’hui l’entrée dans le pays d’Allevard, pays du fer.
C’est l’un des rares exemples de four de ce type aujourd’hui conservés en France, qui témoigne de l’importance de l’exploitation des mines de fer autour d’Allevard depuis la période médiévale. Le minerai tiré des mines de la Taillat, situées à plus de 1 000 mètres d’altitude, était acheminé jusqu’à la vaste plateforme de traitement de Champ-Sappey (implantée 500 mètres plus bas !) grâce à des plans inclinés aménagés sur une distance de 1,5 kilomètre. En 1893, le site rassemblait d’imposants ateliers de lavage et de triage du minerai. Il était aussi équipé de six fours qui servaient à purifier le minerai en éliminant l’acide carbonique qu’il contenait.

Label Patrimoine en Isère.

Saint-Pierre-de-Chartreuse

Le habert de Pravouta

Des moines chartreux aux derniers alpagistes. Sous le sommet de Pravouta (de Pré voûté), au creux d’une prairie, se niche l’un des plus vieux haberts de Chartreuse, anciennement propriété de la Sylve Bénite. Sa porte, au linteau daté de 1698, évoque à elle seule la mémoire des générations de montagnards qui ont travaillé ici et gravé leur nom au couteau en souvenir de leur séjour.
Le chalet est établi près d’un replat, à l’emplacement d’une ancienne étable de type halle, semblable à celle de l’Émeindras. L’absence d’eau courante sur l’alpage explique la construction d’une chambre à lait contre le mur nord, entièrement rafraîchie par les courants d’air. Les fromages étaient entreposés dans la cave et travaillés chaque jour après la traite.
Dès le 15e siècle et jusqu’en 1963, cet alpage a été loué à des « étrangers » au massif, en provenance de Belledonne, installant une forme de transhumance locale entre les deux versants du Grésivaudan.

Saint-Pierre-de-Chartreuse

Le monastère de la Grande Chartreuse

Un havre de silence et de prière millénaire. En 1084, ancien chanoine de l’église de Reims où il enseignait, Bruno souhaitait se retirer dans la prière avec quelques amis. Hugues de Châteauneuf, évêque de Grenoble, leur proposa un lieu retiré du massif de Chartreuse. À Casalibus, chaque compagnon se construisit une cabane et ils bâtirent dans ce « désert » une petite chapelle : c’est l’origine d’un ordre monastique contemplatif, qui existe toujours. Plus tard, Hugues et Bruno seront canonisés. À l’exception des chapelles, il ne reste rien des premiers bâtiments. Le monastère actuel, rebâti plus bas, date en grande partie des travaux réalisés sous le généralat de Dom Le Masson après l’incendie survenu en 1676, mais il conserve des parties du 16e siècle. Classés au titre de Monuments historiques depuis 1912, les bâtiments, qui sont aujourd’hui propriété de l’État, abritent toujours une communauté de moines.

Saint-Quentin-Fallavier

Le château et la maison forte

Derrière les zones industrielles, le Moyen Âge ! Si la plaine de Chesnes est aujourd’hui occupée par les vastes hangars des entreprises de logistique, à l'arrière de la voie ferrée, se cache le village de Saint-Quentin et ses fortifications médiévales. Les édiles se sont saisis de ce patrimoine et tentent d'y intéresser les habitants souvent récemment installés. Le château de Fallavier tout d'abord, dresse sur une haute colline les ruines de son donjon circulaire entouré d'une enceinte. Dans la pente on peut suivre les longs murs de courtine percés d'archères (meurtrières) qui protégeaient la ville attenante. Non loin, une modeste fortification de terre rappelle le souvenir du siège que le château eut à subir en 1431 : là, sans doute, se trouvait le camp des assiégeants. Enfin, en contrebas s'élève la maison forte des Allinges, qui a conservé sa tour quadrangulaire et son pigeonnier, tous deux élevés dans la seconde moitié du 14e siècle.

Saint-Savin

Le château de Demptézieu

De la défense à l’agrément. Ce château majestueux, qui prend la suite d'une fortification de terre aujourd'hui disparue, se trouve au cœur d'un simple hameau de la commune de Saint-Savin. C'est un site à deux faces : d'un côté se dresse le front sévère de l'ancienne fortification médiévale et de l'autre, l'escalier de la gracieuse résidence noble, décoré après 1508.
L'étude archéologique des élévations et le travail de datation par dendrochronologie (analyse scientifique des pièces de bois) menés avant la restauration, ont permis de retracer l'évolution des bâtiments. À la fin du 13e siècle est bâti un ensemble en forme de quadrilatère, cantonné de tours d'angle circulaires dont le donjon massif est parvenu jusqu'à nous. Sur les murailles crénelées, montant et abaissant le pont-levis, circulaient les gardes en armes. Après des remaniements, qui en confirment le caractère défensif au 14e siècle, le château passe aux mains d'une grande famille noble du Dauphiné, les Allemand, qui s'y installent durablement. Ce sont eux qui font transformer la vieille forteresse en une demeure d'agrément, dont le magnifique escalier ajouré de grandes fenêtres est décoré de petits personnages sculptés tenant des bandelettes de parchemin ou des écus armoriés.

Classé au titre des Monuments historiques.

Saint-Siméon-de-Bressieux

L’ancienne usine-pensionnat Girodon

Travailler et vivre à l’usine. Voici un exemple caractéristique d’usine-pensionnat liée à la Fabrique lyonnaise (terme désignant le secteur de la soierie que Colbert structura au 17e siècle) tel que l’on en a vu fleurir dans de nombreuses campagnes en Isère à la fin du 19e siècle.
L’usine Girodon est construite en 1873-1874 au cœur du bourg. Elle présente deux groupes de bâtiments reliés par une élégante verrière centrale en verre et métal toujours en place. Les ateliers de tissage de la soie, répartis de chaque côté, se distinguent par leur toiture en dents de scie appelées sheds. Toutes les ouvertures (portes et fenêtres) sont cintrées et soigneusement mises en valeur par un encadrement de briques. Attenant à l’usine, le grand bâtiment destiné à héberger les ouvrières (recrutées très jeunes) est en pisé, matériau de construction fréquent dans l’architecture rurale mais plus rare dans l’architecture industrielle. La main-d’œuvre, essentiellement féminine, loge sur place dans de grands dortoirs aux côtés de religieuses, qui assurent un encadrement moral très strict.

Salaise-sur-Sanne

Le prieuré

Une oasis de calme et de verdure. À 30 kilomètres au sud de Vienne, au bord de la rivière la Sanne, ce prieuré fut construit sur les terres marécageuses d'un vaste domaine peuplé de saules, d'où proviendrait le nom de Salaise.
Fondé à l'époque carolingienne sur un site à vocation funéraire, le prieuré de Salaise est actif pendant dix siècles ; son église romane surmonte une crypte de même époque, ornée de deux files de colonnes surmontées de chapiteaux sculptés. Dépendance de l'abbaye de Saint-Claude dans le Jura, le prieuré connaît des difficultés pendant les guerres de Religion, avant d'être repris et en grande partie reconstruit par les Jésuites de Vienne. À la Révolution, l'église reste paroissiale mais terres et logis sont vendus ; les bâtiments deviennent de simples fermes. Dans cette vallée du Rhône industrielle et urbanisée, le prieuré de Salaise constitue un havre plein de charme où il fait bon flâner près des eaux de la Sanne et de son pont élégant. Grâce aux travaux menés depuis une cinquantaine d’année, cette église à l'abandon et la maison du prieur attenante sont devenues un lieu à vocation culturelle et artistique.

Classé au titre des Monuments historiques.

Sassenage

Le château

Une famille et trois châteaux. Construite au pied du Vercors pour Charles-Louis de Sassenage par l’architecte Laurent Sommaire de 1661 à 1669, cette résidence témoigne de l’architecture dite «bleu-blanc-rouge » de style Louis XIII, très classique du 17e siècle. Précédé par une allée de marronniers, il est le troisième château des seigneurs de Sassenage à être édifié sur le même site. Il est entouré d’un jardin qui a évolué au gré des modes : Renaissance au 16e siècle, puis à la française au 17e et à l’anglaise au 18e, il devient paysager au 19e et s’agrandit peu à peu jusqu’à former aujourd’hui un parc. Ses intérieurs conservent un bel exemple d’escalier d’honneur du 17e siècle, une cuisine et ses ustensiles, une bibliothèque et ses ouvrages, des parquets et du mobilier des maîtres ébénistes Hache. La marquise de Béranger, dernière descendante de la lignée des Béranger-Sassenage, l’a légué à la Fondation de France qui possède le château depuis 1971.

Theys

Le Châtel

Perceval en montagne. Aujourd'hui perdu dans les bois, à l'écart du village serré sur les contreforts du massif de Belledonne, le Châtel de Theys abrite un trésor unique au monde : un décor peint au tout début du 14e siècle, qui raconte les aventures de Perceval, le chevalier de la Table Ronde, héros du roman de Chrétien de Troyes. Le site se compose d'une massive fortification de terre ou motte, accompagnée d'une terrasse où s'élevaient plusieurs maisons nobles. C'est dans l'une de ces résidences qu'un membre d'une famille de la noblesse locale, Girard ou François de Bellecombe, fit parer la grande salle de réception (ou aula) de vives couleurs, du sol au plafond, aux alentours des années 1300. Dans des médaillons en forme de quatre-feuilles, sont peints avec une délicatesse évoquant l'art de la miniature, les épisodes assez comiques de la jeunesse de ce célèbre personnage. Bien qu'élevé loin des hommes et du monde, dont il ne connaissait pas les usages, et volontiers nigaud, Perceval sut prouver par la force de ses armes, la valeur de la lignée chevaleresque dont il était issu.

Classé au titre des Monuments historiques.

Trept

La Poype de Serrières

Dix-neuf générations s’y sont succédé ! Dressée sur une colline aux pentes douces mais dominant la route allant de Bourgoin à Morestel, Serrières compense la modestie de son implantation par une silhouette imposante, ramassée, toute en tours et en murs élevés. La maison forte est liée à l'histoire de la famille de La Poype, qui la posséda sans interruption depuis le Moyen Âge jusqu'au 19e siècle. Elle s'organise selon un plan quadrangulaire, tout à fait classique pour les édifices de ce type, disposant, du côté le plus vulnérable, de deux tours (l'une ronde et l'autre carrée) largement saillantes afin de protéger la muraille. Dans l'angle opposé, c'est un grand donjon résidence, qui domine tout un ensemble de bâtiments adossés au mur d'enceinte, ne réservant qu'une petite cour centrale. Vers 1450, Serrières reçoit la juridiction de l'ancien château de Sablonnières. Ce changement de statut qui l'honore, justifie de nombreux aménagements, dont le plus significatif consiste à doter les crêtes des murs d'un mâchicoulis (balcon de pierre) exceptionnellement conservé.

Inscrite au titre des Monuments historiques.

Uriage-les-Bains

La station thermale

Une ville qui coule de sources. Les sources aux vertus curatives, nombreuses dans les Alpes et souvent déjà usitées par les Romains, tombèrent à leur suite dans l’oubli. À Uriage, c’est au pied du puissant château médiéval, devant les flancs abrupts de Belledonne, que sourd le liquide soufré. À partir de 1823 et surtout sous le Second Empire, si amateur de thermalisme mondain, les châtelains font surgir au creux inoccupé du bout de vallée une véritable station, accessible par le tramway depuis Grenoble. Le parc thermal à la nature redessinée offre musique au kiosque, rafraîchissements et bimbeloterie dans diverses fabriques, tennis ou promenade à belvédères jusqu’au château… Il s’enveloppe de chalets au pittoresque mesuré, tandis qu’un mail arboré dessert hôtels et commerces depuis la place où sont implantés les bains, le théâtre-casino et la fontaine de la nymphe des lieux. Les principaux sculpteurs grenoblois d’alors ornent l’ensemble qui connaît une seconde jeunesse depuis quelques années.

Valjouffrey

La scierie et la centrale des Ségoins

Gardiennes de la mémoire de Valjouffrey. Aux Ségoins, l’activité artisanale sur les bords de la Bonne remonte au moins au xviiie siècle. Un moulin banal et une scierie exploitent la force du torrent à quelques mètres en aval de la scie actuelle, jusqu’à sa construction en 1904 par Jean-Pierre Alphonse-Rousset, menuisier. Le maillage des équipements au fil de l’eau : digues, canal et prises d’eau marquent, autant que ces bâtiments, les paysages de la vallée.
Deux scies, battante et circulaire, initialement mues par une roue hydraulique à augets sont conservées en place. En 1925, M. Rousset cède à la commune l’intégralité de son droit d’eau et se fournit en échange gratuitement au tableau de la toute nouvelle usine électrique. Édifiée par la société Merlin-Gerin, cette microcentrale permet dès l’année suivante l’électrification complète de la commune. Suite à son abandon, le site a fait récemment l’objet d’une belle mise en valeur grâce à la mobilisation des habitants.

Label Patrimoine en Isère.

Vercors

Les routes et gorges du Vercors

Des tracés à couper le souffle. Le massif préalpin du Vercors constitue un patrimoine naturel exceptionnel. Vaste plateau, partout limité par de grandes falaises, il est le domaine du calcaire, de l’herbe et de la forêt. Les hauts-plateaux, qui se terminent par les abrupts de la falaise orientale, sont de temps immémoriaux des espaces pastoraux fréquentés par les troupeaux transhumants venus du sud, de la plaine de la Crau notamment. Mais le territoire du massif est entaillé de gorges profondes. Et la circulation des populations a été longtemps difficile, réduite à des chemins muletiers empruntant des « pas » et autres cols. Durant la seconde moitié du 19e siècle, de vastes chantiers sont engagés pour désenclaver le massif. Ce sont ces routes, souvent en encorbellement, ces tunnels, ces passages vertigineux, tous issus de travaux cyclopéens, effectués à la pioche et à la dynamite, qui font aujourd’hui, l’admiration des visiteurs. Ces voies – les Grands-Goulets, les gorges du Furon et de la Bourne, le tunnel du Rousset, etc. – qui déterminent autant de portes d’accès au massif, devinrent les clés d’un piège quand l’armée nazie décida de réduire dans le sang le maquis du Vercors.

Vertrieu

Château Vieux

La puissance des seigneurs. Perchée sur son rocher, l'ancienne maison forte de Vertrieu impose fortement sa présence dans le paysage. Bien qu'il s'agisse d'une fortification secondaire, d'un rang inférieur à celui d'un château, l’édifice se rapproche du modèle castral. Dominant les habitats, Château Vieux présente toute la palette des éléments défensifs : donjon couronné de merlons, hauts murs de courtine, logis avec échauguette, pont-levis. Bâti en des temps variés entre le 13e et le 17e siècle, cet ensemble, dont l'efficacité réelle peut être interrogée, visait surtout à exprimer le statut de ses propriétaires et à montrer symboliquement leur puissance. La découverte de fenêtres à meneaux et de linteaux sculptés provenant de Château Vieux dans les maisons du village, et dans le château moderne, confirme que l’ancienne maison forte, délaissée, servit de carrière au début du 18e siècle. Aujourd’hui restaurée, l’ancienne forteresse est à nouveau habitée.

Classé au titre des Monuments historiques.

Vienne

La cathédrale Saint-Maurice

L’archi-cathédrale. Voici un édifice qui offre aux visiteurs l'un des rares ensembles sculptés de chapiteaux historiés (ornements qui racontent des scènes bibliques) de la période romane conservés en Dauphiné. La qualité de ces décors rappelle celle des réalisations les plus prestigieuses d'Autun ou de Vézelay, en Bourgogne.
Comme bien des monuments complexes, la cathédrale a derrière elle une longue histoire ! Vienne, la grande cité antique a été très tôt christianisée et devient le siège d'un diocèse avant 314. Sans doute les constructions datant de ces hautes périodes sont-elles encore enfouies dans le sous-sol… Après la période romane (12e siècle), l'église connait une reconstruction majeure, qui lui donne son allure actuelle. Sa longue et haute nef éclairée par de grandes fenêtres, sa forêt de piliers élancés, ses voûtes sur croisées d'ogives (arcs qui se croisent en diagonale) : tout rappelle ici l'art gothique. Avec ses deux tours, ses trois portails sculptés et tout un vocabulaire décoratif, caractéristique du style gothique flamboyant, la façade de Saint-Maurice dresse, au cœur de la ville, sa silhouette bien reconnaissable de l'extrême fin du Moyen Âge.

La Vienne romaine

Colonie romaine et capitale. Entre la fin du Ier siècle après J.-C. et le début du 2e siècle, le bourg gaulois, modeste chef-lieu des Allobroges devient une ville opulente que rien dans sa parure monumentale ne distingue des grandes cités du monde romain. Au centre de la cité, le forum attire toute la vie publique et religieuse. L’aire sacrée est dominée par un temple dédié au culte de Rome et d’Auguste. Chemisée de hauts murs, la colline de Pipet accueille un second temple qui surplombe la ville et le théâtre. C’est également à cette période que sont construits sur près de sept hectares, le long de la rive gauche, au sud de la ville, d’immenses entrepôts publics. En moins d’un siècle, d’autres monuments parachèvent l’embellissement de la ville. À commencer par un odéon, petit théâtre destiné aux spectacles lyriques et aux lectures publiques. Un cirque, dont on voit aujourd’hui encore émerger la pyramide, est installé dans le quartier des entrepôts pour accueillir les courses de chars. Mais le théâtre, qui épouse la pente rocheuse du mont Pipet, est le monument le plus impressionnant de la ville.

Le monument aux morts

La victoire et la mort en place publique. Face au fleuve et dos à la gare, un imposant monument commémoratif de plus de 8 mètres de haut marque l’articulation de deux axes urbains majeurs de Vienne. Une Victoire sévère et titanesque, les bras en croix au-dessus de deux torchères de bronze doré, fait pleuvoir fleurs et palmes sur l’autel de la patrie. Sous ses pieds, des soldats de la hauteur de son tibia veillent le gisant de l’un des leurs. Cette impressionnante composition commémorative de style « Art déco » se distingue par deux aspects. D’une part, son apostrophe au passant à l’avant fait écho, à l’arrière, à l’extrait de l’ordre du jour de l’armistice, signé du maréchal Pétain qui inaugura l’œuvre en personne en 1923. D’autre part, l’œuvre est signée avec le concours d’un Parisien par deux Viennois, tous deux anciens combattants et par ailleurs co-auteurs du monument aux morts de Verdun, ce qui forme un autre trait d’union particulièrement fort avec ce champ de bataille.

Vif

L’église Saint-Jean-Baptiste

Un incroyable trésor. C'est à une véritable lecture archéologique qu’invite la grande et belle église de Vif, bourg prospère au Moyen Âge. Sur un site funéraire déjà occupé au 11e siècle, les bénédictins de l'abbaye de Saint-Chaffre-en-Velay (Haute-Loire) envoyèrent vers 1035 quelques moines de Saint-Laurent de Grenoble pour installer un prieuré. Ils y édifièrent une nouvelle église, dont des fragments sculptés ont été retrouvés, remployés dans des maçonneries plus récentes. Au 12e siècle, on reconstruit le chevet aujourd'hui en partie conservé avec son abside (l’extrémité du chœur) rythmée d'arcades coiffées de sculptures. La haute et large nef, autrefois voûtée, bâtie en briques sur le modèle de la cathédrale de Grenoble, date quant à elle du 13e siècle. Enfin au 14e siècle, on dote l'édifice d'un exubérant décor mural destiné à soutenir les prières d'une population largement illettrée. Découvertes en 2007, ces peintures font figure de véritable trésor de l’art médiéval et gardent encore de nombreux secrets à révéler.

Classé au titre des Monuments historiques.

La maison Champollion

Une fratrie exceptionnelle. Une propriété aux limites du bourg, avec sa grosse maison carrée si semblable à tant d’autres, ses communs séparés par la cour où s’ouvre le portail, un vaste parc. Ce domaine ancien entre dans la vie des Champollion par le mariage du brillant Jacques-Joseph, complice en érudition de son frère, avec Zoé Berriat. L’égyptologue passe quasi la moitié de sa courte vie en Isère, souvent à Vif où il travaille entouré du chaud cocon fraternel, sous les toits.
La demeure a conservé après sa mort en 1832 les souvenirs, les objets personnels, le mobilier et soixante volumes d’archives. Jean-François, qui se sentait « toujours, au fond, Dauphinois endiablé » a découvert les clefs des hiéroglyphes, sans pour autant renier Vif et les montagne qu’il n’a « jamais trouvées plus pittoresques et plus charmantes que depuis qu’il ne les aperçoit plus ». La science n’empêche pas la magie du souvenir… La maison abrite le Musée Champollion, l'un des 11 musées du réseau du Département de l'Isère. Consultez son site internet.

Classée au titre des Monuments historiques.

Villard-de-Lans

La Soleillette

Un home d’enfants modèle. Cette maison conçue dans les années 1930 est emblématique des constructions, à destination des enfants fragiles et délicats, qui fleurissent sur le plateau des Quatre-Montagnes dans l’entre-deux-guerres, En 1925, le refus de l’installation d’un sanatorium à Villard-de-Lans sonne le début d’une étonnante histoire du climatisme, autour de cette station d’altitude saluée comme « le paradis des enfants ». En l’espace d’une trentaine d’années, de nouvelles formes architecturales émergent, dictées par un programme médical rigoureux, fondé sur les bienfaits curatifs de la montagne : ensoleillement, repos et climat sain. La plantation de résineux coupe-vent et purifiants, la création de galeries de cure, et la multiplication des ouvertures plein sud, s’imposent en réponse aux conceptions hygiénistes de l’époque. La reconversion de la Soleillette en centre de vacances continue à perpétuer cette tradition d'accueil sur le plateau du Vercors.

Label Patrimoine en Isère.

Villard-de-Lans

Le lycée polonais Cyprian Norwid

Une école pas comme les autres. Installé à Paris, le lycée polonais Cyprian Norwid doit évacuer ses élèves à l’arrivée des Allemands en 1940. Le gouvernement polonais, en exil à Londres, décide de fonder en zone libre un nouvel établissement d’études secondaires. Le programme des nazis étant de rayer la Pologne de la carte de l’Europe et d’anéantir la culture et l’intelligentsia polonaises, l’objectif est de préparer le renouveau de la nation. Grenoble est alors pressentie car c’est une ville universitaire, où la présence polonaise est importante et ancienne. Le choix final se porte néanmoins sur Villard-de-Lans, village discret et doté d’une infrastructure hôtelière adaptée. En octobre 1940, le lycée s’installe dans les murs de l’Hôtel du Parc. Entre 1940 et 1946, près de 200 élèves sont accueillis chaque année dans cette école singulière qui devient un véritable foyer de résistance morale et militaire. Parmi les lycéens, nombreux sont ceux qui tentent de rallier Londres pour continuer le combat, tandis que d’autres rejoignent les rangs des résistants du Vercors, où certains ont d'ailleurs laissé leur vie…

Valchevrière

Un combat héroïque. L'attaque générale sur le Vercors, commencée le 21 juillet, voit les Allemands occuper presque tout le canton de Villard-de-Lans, seulement ralentis par les résistants presque impuissants faute d'artillerie. À Valchevrière, à la Goule Noire, Abel Chabal, promu lieutenant après les combats de Saint-Nizier des 13 et 15 juin, a la mission essentielle de bloquer ce qu'il appelle le "donjon", accès au sud du massif. Attaquée le 22 juillet par 300 hommes, sa compagnie de chasseurs alpins lutte à un contre cinq, et parvient à repousser l'assaut. Mais, dès l'aube du 23 juillet, la bataille et les avant-postes doivent se replier, avec Chabal, sur le hameau inhabité de Valchevrière. Malgré les efforts de Jean Prévost, alias "Capitaine Goderville", le belvédère est pris, débordé par les hauts. À 11 heures, le lieutenant Chabal est touché. Il continue à tirer, non sans avoir jeté son calepin, où sont consignés ses hommes. Il a auparavant envoyé un message à Prévost, lui disant qu'il s'apprêtait à faire "Sidi Brahim", c'est-à-dire à mourir au combat sans se rendre…

Ville-sous-Anjou

L’église Saint-Didier

Une église à chœur ouvert. Aujourd’hui à ciel ouvert, l’ancienne église Saint-Didier fait partie intégrante du cimetière qui l’entoure et étonne toujours par le contraste que crée la richesse de sa construction dans la campagne environnante. Bâti dans le dernier quart du 15e siècle par un sire de Miolans, seigneur d'Anjou, c’est un exemple rare en Isère d'édifice homogène de style gothique flamboyant. Ses vestiges donnent à voir des sculptures de grande qualité, notamment celles qui ornent sa façade. Il faut ainsi prendre le temps de lever les yeux pour apercevoir le fin décor de la fenêtre centrale où se côtoient un ange vêtu d’une belle robe savamment drapée, portant un écu décoré d’un aigle aux ailes étendues et deux couples de séraphins. La finesse des ornements de cette simple église paroissiale témoigne de la maîtrise d’artistes de grand talent.

Virieu-sur-Bourbre

Le château de Virieu

Un château de contes de fées. Dominant la vallée de la Bourbre et le village à son pied, le château de Virieu dresse fièrement ses tours coiffées de hautes toitures, parfaite image du château-fort des contes et des rêves… Pourtant, il est le résultat de nombreuses phases de construction, entre 12e et 18e siècle, et de restaurations du 19e qui, sans le dénaturer, ont au contraire su préserver son allure générale.
Élevée à l'extrémité d'un promontoire protégé par des pentes vives, la fortification est précédée par une vaste esplanade – qui remplace sans doute un système de fossés – elle-même défendue par deux tours munies d'archères (ouvertures) canonnières. Une fois traversée cette terrasse, qui s’ouvre sur des jardins réguliers placés en contrebas, on pénètre dans le réduit fortifié proprement dit, clos par une puissante enceinte, cantonnée par trois tours d'angle. Après les guerres de Religion (16e siècle), le château est encore renforcé, tandis que la cour intérieure s'agrémente d'arcades et d'un escalier en vis, logé dans une tourelle.

Classé au titre des Monuments historiques.

Viriville

La ferme des Bonnettes

Un trésor du patrimoine rural. Dominant la plaine de Bièvre, au cœur du hameau des Bonnettes, cet ensemble est caractéristique des constructions rurales des Chambaran telles qu’elles étaient conçues au XVIIe siècle. La maison d’habitation et la grange, respectivement datées de 1626 et de 1643, sont constituées d’une structure en pan de bois remplie de torchis, élevée sur un sous-bassement de galets.
À l’intérieur du logis, ont été mis en évidence des vestiges d’une grande cheminée « chauffant au large », comme il en existe en Bresse mais très rarement en Isère. La conservation de cet ensemble est le fruit d’un compagnonnage entre l’initiative d’une famille d’agriculteur motivée et l’action du Département. Des travaux de restauration ont assuré la consolidation des bâtiments, tandis que des études (notamment des pièces de bois) ont permis de dater finement les édifices, ajoutant ainsi à l’épaisseur des murs, celle de l’histoire.

Classée au titre des Monuments historiques.

Vizille

Le château et son parc

Quand le poste de surveillance devient un fastueux domaine… Au carrefour des routes de Provence et d’Italie, protégeant l’accès sud à Grenoble, le château perché sur ses falaises offre deux faces. Côté pile, les ruines médiévales dominent la ville ; côté face, c’est la résidence créée au 17e siècle par le connétable de Lesdiguières.
Le bâtiment (deux fois plus grand à l’origine) enveloppe une cour d’honneur commandée par un portail à l’effigie du maître. Du haut de son perchoir, il jouit du jardin et du parc, plus de 100 hectares bien clos et bien plats dont les eaux animaient moulin, scierie, papeterie, forge… L’ardoise, le tuf doré et le crépi rose restitué sont ainsi portés sur un piédestal au-dessus de cette vaste jupe verte et bleue. L’écrin est à la mesure du bijou : la vallée plus ample à cet endroit offre les pentes montagneuses comme des portants de théâtre autour du parc. 

Le château abrite le Musée de la Révolution française, l'un des 11 musées gratuit du réseau des musées départementaux. Consultez son site internet.

Classé au titre des Monuments historiques.

Le portail de l'ancienne église prieurale

Tout en finesse. De l'ancienne église prieurale de Vizille, on connaît surtout l'admirable portail sculpté qui se dresse au milieu du cimetière actuel. C’est une œuvre de premier plan et sans équivalent dans la partie alpestre du Dauphiné. Cet ensemble atteste de l'activité d'un atelier de sculpteurs venu de Provence dont certains travaillèrent probablement sur le chantier de la cathédrale Saint-Trophime d'Arles.
La composition joue des alternances de matériaux pour obtenir un effet de bichromie gris / blanc ou ocre / blanc selon les parties. Le tympan en albâtre présente un classique Christ de gloire, assis et entouré de l’homme ailé, du lion, du taureau et de l'aigle qui sont les symboles des quatre évangélistes (Tétramorphe). Au-dessus de la porte, le linteau, lui aussi sculpté en albâtre, représente la Cène : Jésus et ses disciples sont assis derrière une longue table portant des miches de pain. Bichromie et raideur des personnages et des plissés suggèrent une influence du style byzantin et une datation probable du dernier quart du 17e siècle.

Classé au titre des Monuments historiques.

Voiron

L’église Saint-Bruno

Belle comme une cathédrale. Située au cœur de la ville, l'église Saint-Bruno, appelée parfois localement, à tort, "la cathédrale", est, avec ses deux tours-clochers très élancées, le monument emblématique. De style néo-gothique, elle est édifiée entre 1864 et 1872 par l'architecte diocésain Alfred Berruyer avec une ample participation financière de l'ordre des Chartreux. D'une taille très imposante, elle adopte un plan en croix latine et des élévations qui s'inspirent des cathédrales du 13e siècle. Si ses élévations font un ample usage du ciment moulé, matériau inventé par les usines iséroises Vicat, ses décors et ses aménagements intérieurs tels que verrières, boiseries, sculptures, orgue et fresques, encore aujourd'hui parfaitement conservés, font appel à de grands ateliers de l'époque.

Classée au titre des Monuments historiques.